Programme social du gouvernement : La course contre la montre

Le gouvernement Amadou Gon veut relever le défi en moins de 24 mois.

On ne parle plus que de ça, depuis que le chef de l’État, Alassane Ouattara, a entamé les deux dernières années de son second quinquennat. Le social. Attentif aux différentes récriminations de sa population à ce sujet, le Président de la République a annoncé le 31 décembre dernier un vaste programme social visant à soulager les Ivoiriens. Il concerne notamment la santé, la cherté de la vie et l’emploi. Aujourd’hui, la machine est en marche, sauf que le chantier semble beaucoup plus vaste qu’on ne l’imaginait.

Adopté le 9 janvier dernier en Conseil des ministres, le Programme social du gouvernement (PS Gouv 2019 - 2020) a depuis démarré sur les chapeaux de roues. Accentuer la lutte contre la cherté de la vie, fournir aux populations des services de santé efficients, faciliter l’accès et le maintien à l’école, favoriser l’accès des populations, à un coût abordable, aux services essentiels, tels que le logement, l’énergie, l’eau potable et les transports. Et surtout améliorer l’employabilité, ainsi que l’accès à un emploi décent et stable pour les jeunes et les femmes. Voilà ce que vise le PS Gouv 2019 - 2020. Pour le détailler, le gouvernement l’a décliné en 156 actions prioritaires comprenant 12 projets-phares. Il s’agit notamment du renforcement du programme de gratuité ciblée, de l’opérationnalisation progressive de la Couverture maladie universelle (CMU), de l’intensification et de l’élargissement de la couverture des bénéficiaires du programme de filets sociaux productifs, du développement d’activités d’autonomisation en faveur des jeunes et des femmes, de la baisse du tarif social de l’électricité, du renforcement du programme d’accès à l’eau potable en milieu rural, de l’accélération du programme des logements sociaux...

D’un coût global de 727,5 milliards de francs CFA, ce vaste programme veut concilier en réalité croissance économique et bien-être social des populations. Une relation que les Ivoiriens, jusqu’ici, avaient du mal à tisser. La Côte d’Ivoire est sur une courbe ascendante en termes de croissance économique. Tous les voyants sont au vert. Mais les populations ne perçoivent pas les effets bénéfiques de cette embellie. Elles ont du mal à joindre les deux bouts.

Objectif mieux-être Aujourd’hui, quatre mois après, les premiers résultats commencent à tomber. D’abord, au niveau de l’emploi. Jusque-là marginalisés par leur condition, les handicapés peuvent dire merci au PS Gouv. 158 d’entre eux viennent d’être intégrés à la Fonction publique : 98 handicapés moteurs, 24 handicapés auditifs,  17 handicapés visuels, 8 bègues, 7 albinos et 1 handicapé psychique. Le début pour le gouvernement d’un long programme d’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap. Objectif à long terme : réduire la pauvreté dans le milieu de ces personnes vulnérables. En outre, le ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle vient de procéder au lancement du recrutement de 10 300 enseignants contractuels du primaire et du secondaire. Le plus important jamais lancé dans le secteur. Si, au départ, 1 500 places avaient été réservées aux instituteurs désirant devenir enseignants du secondaire, ce n’est plus le cas, selon Jérôme Ourizalé, Secrétaire général du Syndicat autonome des enseignants du primaire public de Côte d’Ivoire (SAEPPECI). À cela, pour Kandia Camara, il faut ajouter les 5 000 places prévues chaque année pour les concours d’entrée au Centre d’animation et de formation professionnelle (CAFOP). En mars dernier, Mamadou Touré, le ministre de la Promotion de la jeunesse et de l’emploi des jeunes, a fait le point de ce qu’on peut qualifier de phase 4 du programme social du gouvernement. Elle porte sur la promotion et l’insertion de la jeunesse. Cette phase, d’après le premier garant de ce département, connait un début d’exécution. Pour relever le défi de l’autonomisation des jeunes et des femmes, Mamadou Touré et ses collaborateurs ont élaboré leur stratégie autour de 4 dispositifs. Le développement des compétences, les programmes de mise en stage, l’entrepreneuriat et les Travaux à haute intensité de main d’œuvre (THIMO). Pour ce qui est du programme d’entrepreneuriat, 4 400 jeunes ont déjà bénéficié de formations. La phase de financement des projets débutera au cours de ce mois de mai, d’après le ministre. Quant aux programmes de développement des compétences, ils portent, entre autres, sur les formations complémentaires qualifiantes et l’apprentissage.

Travaux d’Hercule Aux dires du ministère, des appels à candidatures pour la sélection des jeunes bénéficiaires ont été lancés. Environ 400 sont inscrits sur le site de l’Agence emploi jeunes. Des formations ont démarré en avril au profit de 525 autres et le programme de formation par apprentissage a débuté avec 626 jeunes, placés en formation en milieu rural sur divers métiers. Le 22 mars dernier, dans la même veine, la Banque africaine de développement (BAD) a annoncé un soutien de 283 milliards de francs CFA à la Côte d’Ivoire pour la mise en œuvre de du PS Gouv 2019 - 2020. « Je félicite le gouvernement pour cette initiative, qui touchera toutes les couches sociales », s’est réjoui le Président de l’institution, Akinwumi Adesina, à l’issue d’une séance de travail avec le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly.  Autant d’espoirs donc pour le secteur de l’emploi. Mais quid de la santé ? À ce niveau aussi les efforts sont perceptibles, avec notamment la réforme sur la santé, le dialogue national sur le financement du secteur de la santé, la réhabilitation, la construction et l’équipement des hôpitaux à venir. Et, forcément, l’avènement dans les prochains mois de la Couverture maladie universelle (CMU).

En matière d’approvisionnement en eau potable, il est prévu la réhabilitation et l’entretien de 21 000 pompes villageoises. La baisse de 20% du tarif des abonnements 5 ampères concernant l’électricité est déjà en application. Le programme routier dans les zones rurales, en vue de baisser le prix des denrées alimentaires, est lui aussi en bonne voie. Mais le projet est colossal pour un délai aussi court. D’après Dohia Traoré, Président de la Fédération des syndicats autonomes de Côte d’Ivoire (FESACI), il faut plutôt mettre l’accent c’est sur la cherté de la vie. « La vie est chère aujourd’hui. Peut-être même plus qu’avant. Au niveau des boutiquiers, on s’est remis à pratiquer des prix anarchiques parce que le ministère du Commerce a cessé ses contrôles ». Pour que le social marche, selon lui, c’est là qu’il faut taper. Pour Ali Bamba, Coordonnateur des « grins » des jeunes d’Abobo, le volet de l’emploi doit être revu. « Le gouvernement nous dit qu’il crée de l’emploi, mais c’est encore très peu perceptible. Les mesures annoncées doivent être suivies. C’est très important pour l’essor d’un pays. Mais ce n’est pas souvent le cas. Et l’autre volet c’est d’agir sur la cherté de la vie. Il faut agir sur le coût du loyer, des transports, des denrées alimentaires. Les mesures prises par l’État, que ce soit au niveau des cautions des maisons ou des prix des denrées, ne sont pas respectées ». De son côté, Emmanuel Alui, Président intérimaire du Conseil national de la jeunesse (CNJ) de Yopougon, salue le programme social du gouvernement, en ce sens qu’il tend à soulager la population. « Mais il aurait dû venir un peu plus tôt. Le gouvernement aura-t-il le temps de le conduire jusqu’au bout ? Voilà notre inquiétude. Il faut que nous arrivions à véritablement sentir cela dans notre vie de tous les jours. Malheureusement ce n’est pas encore le cas », déplore-t-il. Pas encore le cas, peut-être, mais bientôt les populations pourront ressentir les effets du PS Gouv, à entendre le Premier ministre Amadou Gon Couliblay. D’autant que le chef de l’État a pris les mesures nécessaires pour sa réussite, en mettant en placeun Comité de pilotage impliquant les structures et organes gouvernementaux, les collectivités locales, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé et la société civile, en vue d’assurer sa bonne conduite. Maintenant que le compte à rebours est lancé, ce sera la course contre la montre jusqu’au bout.

Raphaël TANOH

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