Amadou Gon Coulibaly : Il était une fois…

Mercredi 8 juillet, Amadou Gon Coulibaly, après avoir repris ses fonctions de premier ministre qu’il avait dû abandonner pendant deux mois pour cause de maladie, est présent pour le conseil des ministres. En début d’après-midi, sa santé se dégrade très vite. Alerté, les services médicaux, ne pourront pas le sauver. Un coup dur pour la nation ivoirienne qui perd son premier ministre mais aussi pour sa famille biologique et politique chez qui il avait recrée l’espoir depuis son retour le 2 juillet. Alassane Ouattara qui avait suivi minute après minute ses moments en est sorti très affecté quand il donnait le Ok au secrétaire général du gouvernement afin que ce dernier annonce officiellement le décès. Politiquement, au sein de sa famille, ce décès rabat les cartes à trois mois des élections.

Quand Amadou Gon Coulibaly arrive le mercredi 8 juillet à la primature, il y passe une trentaine de minutes avant de rejoindre le Vice-président Daniel Kablan Ducan, le ministre Hamed Bakayoko qui assurait son intérim et le secrétaire général du gouvernement Patrick Achi. Après quelques plaisanteries et rigolades, devant photographes et caméramans, place au travail sur les dossiers à éplucher pour le conseil des ministres annoncé pour 10 heures mais qui débutera avec une heure de retard. Les débuts du conseil sont celles des retrouvailles d’un premier ministre avec ses collaborateurs. Là encore le premier ministre qui pète la forme en ce moment, rassure ses collaborateurs. On le verra très souriant sur ses dernières photos comme dire « je vais bien » mais aussi comme pour dire « à Dieu ».  Ce grand commis de l’État qui voulait reprendre les choses en main le plus rapidementn indiquait au Président de la République : «  Vous avez donné  des  instructions...  Nous  allons  mettre  en  œuvre. Je  suis  de  retour  pour  prendre  ma  place  aux côtés du Président pour continuer  l’œuvre  de  développement. »

Dans le cercle restreint Fils de Gon Coulibaly, député sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny, Amadou Gon Coulibaly est issu d'une famille sénoufo très impliquée dans la politique du pays. Son arrière-grand-père, Péléfero Gbon Coulibaly, était en effet, le chef suprême des Sénoufos et un proche du premier président du pays, Félix Houphouët-Boigny. Il fait ses études à l’École des travaux publics de Paris et obtient en 1982 son diplôme d'ingénieur. Amadou Gon commence sa carrière en tant qu'ingénieur de la Direction et contrôle des grands travaux (DCGTx) en 1983. C’est durant cette période qu’il rencontre Alassane Ouattara. En 1990, alors que ce dernier devient Premier ministre de Côte d'Ivoire, il intègre son cabinet. Il tient depuis cette période une relation privilégiée avec l'actuel président ivoirien. Au sein du cabinet, il est conseiller technique du président et il est chargé des programmes d'ajustement sectoriel, des entreprises publiques et des projets d'investissements publics dont le gisement gazier de Foxtrot. À la fin du gouvernement de Ouattara en 1993, il revient à la DCGTx en tant que directeur adjoint. Mais, Pendant ces trente dernières années, Amadou Gon Coulibaly est devenu très vite l’une des grandes figures de la politique ivoirienne. Amadou Gon fait partie des cadres fondateurs du RDR en 1994. En novembre 1995, il remporte le siège de député de Korhogo Celui qu’on surnommait le Lion impose progressivement son autorité sur sa région et son influence au sein du parti. Cet engagement lui vaut, avec d’autres cadres du RDR, des mois d’incarcération, en 1999, sous la présidence Henri Konan Bédié. Les élections de 2011 entérinent la défaite de Laurent Gbagbo et la victoire d’Alassane Ouattara. Le président battu refuse de céder le pouvoir. C’est l’épisode fameux et tragique du Golf Hôtel. Amadou Gon fait partie des résidents forcés. Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo est arrêté ce qui marque la fin de la crise post-électorale. Au palais présidentiel, Amadou Gon Coulibaly est l’homme de confiance d’Alassane Ouattara. Il occupe le poste du puissant secrétaire général de la présidence d’Alassane Ouattara en 2011, avec rang de ministre d’État, et ce, jusqu’au 10 Janvier 2017, date à laquelle il est nommé Premier ministre.  En 2012, il est transplanté du cœur et depuis lors, garde une santé fragile qui ne l’empêche pas de rester actif. Son retour sur la scène politique à cette époque mélange les calculs des héritiers putatifs de l’époque qui en voit en lui un adversaire plutôt coriace.

Il reste à ce poste jusqu’à son décès ce mercredi 8 juillet dernier.

Fin de la course  Après avoir renoncé à briguer un troisième quinquennat, Alassane Ouattara le désigne, en mars 2020, candidat du RHDP à l’élection présidentielle de 2020. Partenaires et adversaires s’inquiètent pour sa santé. Mais l’homme se veut rassurant jusqu’au 2 mai où il est évacué vers la France pour suivre des examens médicaux, en particulier une coronarographie et se faire poser un stent. Il est ensuite opéré une seconde fois le 8 juin. Son absence est initialement estimée à plusieurs semaines mais se prolonge jusqu'à son retour dans le pays, le 2 juillet. Six jours plus tard, le 8 juillet, il est victime d’un malaise survenu pendant le Conseil des ministres. Le  Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP)  perd ainsi  un  militant convaincu, qui avait la mission de le conduire à la magistrature  suprême.

Carte rabattues  « Nous pleurons, mais nous devons travailler et faire en sorte que Amadou Gon reste dans nos mémoires. Nous lui devons, plus que jamais la victoire » explique Adama Bictogo directeur exécutif du RHDP. Une mort qui rabat les cartes politiques tant dans son parti que sur la scène politique nationale.  Son parti devra trouver un autre candidat dans l’immédiat vu que le dépôt des candidatures s’ouvre déjà le 15 juillet. Le Président Alassane Ouattara qui avait annoncé son retrait de la vie politique reviendra-t-il dans le jeu ? Maintiendra-t-il sa décision à passer le flambeau à une nouvelle génération dans son camp ? Des interrogations qui fusent depuis l’hospitalisation de ce dernier en France et qui ont toujours mis mal à l’aise les militants de son parti. Une annonce qui bouleverse les calculs d’Alassane Ouattara qui avait fondé sa stratégie autour de ce dernier et qui comptait mettre tout en œuvre afin que ce dernier lui succède. En cas de retour d’Alassane Ouattara dans le jeu politique, l’on pourrait assister à un combat maintes fois reporté entre lui et Henri Konan Bédié. Les deux hommes gardent depuis 1993, date de la mort de Félix Houphouet Boigny, une sorte de « contentieux à vider. » Alassane Ouattara qui avait déjà pris sa retraite même sur les dossiers en cours, est déjà sous le feu des regards inquisiteurs de ses militants et de la classe politique. De source proche du RHDP Alassane Ouattara pourrait miser sur Hamed Bakayoko ou sur Patrick Achi pour les élections à venir. Une sorte de poker menteur s’engage ainsi au sein du RHDP qui est déjà dans une course contre la montre afin de trouver un plan B. Dans l’immédiat, les choses devraient aller plus vite au niveau du gouvernement.  Hamed Bakayoko devrait être confirmé au poste de premier ministre et garder le portefeuille de la défense. Patrick Achi conservera son poste de secrétaire général de la présidence mais aura un regard plus large sur la poursuite de certains dossiers des dossiers en cours, notamment ceux relatifs à la voirie, à l’électrification et à l’adduction en eau potable.

Yvann AFDAL

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