FIF : Balle au centre

Le 29 août prochain, la Fédération ivoirienne de football (FIF) ira en Assemblée générale extraordinaire (AGE) pour la désignation des nouveaux membres de sa Commission électorale (CE). Les désaccords survenus entre certains membres de cette commission, qui devrait statuer sur les dossiers de candidatures au renouvellement des instances dirigeantes de la FIF, ont fini par éclater au grand jour le mercredi 12 août dernier. Depuis leur suspension de l’organe électoral, ces membres, faisant fi de leur devoir de réserve, s’attaquent et se défendent dans les médias. Une situation inédite à la tête du football ivoirien et qui semble liée à une candidature gênante. Celle de Didier Drogba, qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe et donne plus d’enjeu à l’élection du Président de cette fédération.

Carton jaune pour la Fédération ivoirienne de football (FIF). Après plusieurs mois de remous pour la désignation des candidats à l’élection pour le renouvellement de ses instances dirigeantes, la maison mère du ballon rond de Côte d’Ivoire peine à se ressaisir. Le 29 août prochain, la Fédération ira en Assemblée générale extraordinaire (AGE). Il s’agira de choisir de nouveaux membres de sa commission électorale (CE), divisée et contestée. Accumulations de fautes, avertissements verbaux, la FIF pourrait cette fois-ci écoper d’un carton rouge si cette rencontre ne permet pas de calmer le jeu électoral. « Cela signifie que la Fédération internationale de football association (FIFA) pourrait alors intervenir, avec notamment la mise en place d’un Comité de normalisation pour deux ans », indique Olivier Kapo, fondateur du site Sport Maniaet journaliste sportif très introduit dans le cercle des footballeurs ivoiriens. En d’autres termes, la FIF pourrait être mise sous tutelle. Pour de nombreux observateurs, mieux vaut éviter de parier sur ce scénario catastrophique. Le quiproquo ici, c’est la validation ou non de la candidature de la légende du football ivoirien Didier Drogba (DD), intéressé par le fauteuil de Président de la FIF, au même titre qu’Idriss Yacine Diallo et Sory Diabaté, candidat et membre influent du bureau sortant. DD, c’est la pierre d’achoppement. Et son camp crie au complot. « C’est une candidature normale. Les problèmes de la FIF se trouvent au sein des dirigeants de la FIF », tacle Marius Comoé, membre influent de la campagne de l’ancien international. Il y a eu un vice de procédure dans l’attribution des parrainages de Didier Drogba, selon certains analystes. Ce que réfute le staff de DD. Que disent les textes ? Pour être candidat à l’élection présidentielle de la FIF, il faut disposer de parrainages. 3 parrainages en 1èredivision, en 2ème division et en 3ème division. À ce niveau, chacun des candidats a réuni son quota. Là où le bât blesse, en revanche, c’est au niveau des groupements d’intérêt, au nombre de 5. Il faut compléter son parrainage par le soutien d’au moins un groupement d’intérêt.

Temps mort Depuis, c’est le statu quo au niveau de la FIF. Tout est suspendu en attendant le 29 août. Si, dans le camp d’Idriss Diallo, on crie que les textes de la FIF ont été foulés aux pieds, dans le staff de Sory Diabaté on se garde de commenter les différentes informations. Mais, au staff de DD, l’on reste convaincu que les dirigeants sortants manœuvrent afin d’écarter leur candidat. Les tensions entre les candidats pour la présidence de la FIF et le renouvellement du Comité exécutif avaient déjà fragilisé la fédération. La crise au sein de la CE va entrainer sa paralysie. Lors d’une réunion, le 12 août dernier, du Comité d’urgence du Comité exécutif de la FIF, a décidé alors de la dissolution de la CE et de la tenue d’une Assemblée générale extraordinaire (AGE) le 29 août prochain. Cette décision est consécutive à l’impossibilité de la CE de valider ou d’invalider les candidatures dans le délai imparti par les textes. Lors de cette AGE, les 81 membres actifs feront des propositions pour la suite du processus électoral. Celles-ci consisteront d’abord en la désignation de nouveaux membres de la Commission électorale. Une fois choisis, ces derniers analyseront de nouveau les dossiers de candidature, avant de rendre les conclusions de leurs travaux. « Cela aboutira inévitablement au même résultat. Soit on accepte la candidature de DD et la crise continue, soit on rejette sa candidature et il porte plainte. Là aussi, la crise continue », analyse un proche collaborateur du ministre des Sports et des loisirs. Accusé d’ingérence, le ministère des Sports, dans un communiqué de presse, a vite fait de clarifier sa position, en ces termes : « le ministère des Sports n'a pas choisi les acteurs du processus électoral et ne peut par conséquent les influencer de quelque manière que ce soit ». Toutefois, selon plusieurs observateurs, on assiste en ce moment à une pression venant des plus hautes sphères de la politique pour calmer les protagonistes de cette crise.

Si l’issue de cette crise est pour le moment incertaine, elle contient tous les germes de la division au sein des anciennes gloires du football ivoirien, qui n’ont pas toutes fait bloc derrière Didier Drogba. Au-delà, c’est la jeunesse qui pourrait être impactée. Et beaucoup en appellent au fair-play dans ces élections.

Fair-play Difficile de parler de fair-play en ce moment entre les acteurs du football ivoirien. Déjà, le camp de Didier Drogba multiplie les appels aux clubs pour boycotter l’AG du 29 août. En face, Yacine Idriss Diallo et Sory Diabaté profitent de ce temps mort pour rencontrer les dirigeants des clubs, afin de consolider les engagements de ces derniers ou encore pour convaincre les plus sceptiques sur le choix à faire. Le climat de tension au sein du football ivoirien risque bel et bien de monter d’un cran à l’approche de cette date. Et aucune médiation ne semble se mettre en place pour faire baisser la température. Le Comité exécutif sortant, pour sa part, insiste sur la tenue des élections en septembre et souhaite passer le flambeau à la nouvelle équipe dirigeante. Mais la crise dans le football ivoirien n’est pas née récemment, avec les questions électorales. Des tensions vives entre les joueurs en sélections nationales perdurent depuis plus de dix ans. Et la crise entre footballeurs et dirigeants a éclaté en 2015, au lendemain de la finale de la CAN remportée face au Ghana. La crise s’était poursuivie avec le GX, regroupant plusieurs dirigeants de clubs. Cette autre crise, qui intervient également dans une période électorale assez mouvementée, pourrait entrainer un report de l’élection au mois de novembre ou de décembre, c’est-à-dire après l’élection présidentielle. Mais les dirigeants restent prudents. La Confédération africaine de football (CAF) et la Fédération internationale de football amateur (FIFA) sont très vigilantes sur la question ivoirienne. La FIFA avait déjà, le 17 mai 2018, suspendu « tout nouveau paiement ou virement en faveur de la Fédération ivoirienne de football (FIF) ». Une décision qui faisait suite aux difficultés rencontrées par des auditeurs qu’elle avait missionnés en vue de vérifier une partie de la gestion d’Augustin Sidy Diallo, Président sortant de la FIF. Elle avait également, au mois d’août de la même année, menacé de suspendre les Fédérations de football du Nigeria et du Ghana si les interventions des autorités locales réalisées dans ces structures, que la FIFA considère comme des ingérences, n’étaient pas abandonnées. Le Comité d’urgence de la FIFA avait également, en juillet  2014, suspendu la Fédération nigériane de football (NFF), avec effet immédiat, pour cause d’ingérence gouvernementale. Les articles 13, al. 1 et 17, al. 1 des statuts de la FIFA imposent aux associations membres de gérer leurs affaires de manière indépendante et sans l’influence de tiers. Tous ces exemples, qui ne sont pas inconnus des dirigeants et candidats actuels, devraient peser dans la balance afin de faire planer un esprit de fair-play dans ce processus électoral.

Raphaël TANOH

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