Tiburce Koffi : Parti unifié, Ouattara et Bédié voient juste

Tiburce Koffi partage désormais son quotidien avec son petit-fils, aux États-Unis.

Il est enseignant, écrivain, journaliste et musicien de jazz. Son livre « Non à l’Appel de Daoukro » lui a coûté un limogeage et un exil de 3 ans. Aujourd’hui en repos familial en Caroline du Nord (USA), Tiburce Koffi a accepté de se prononcer sur son actualité et sur celle de son pays.

Quel est l’actualité du libre penseur que vous êtes ?

J’ai des actualités : l’écriture, les voyages, le jazz. Je dis toujours ces choses-là aux gens. Je ne connais pas l’oisiveté, l’ennui. Je suis un peu comme le héros de mon dernier roman en date, intitulé « L’Itinérant. » Mon métier définitif est l’écriture. Avant cela, j’en aurais fait, hein, des métiers ou passions : l’enseignement, le journalisme que je ne pratique plus en réalité, sauf en tant que signataire d’éditos intermittents, le théâtre, la musique, la moyenne et haute administration étatique. Je n’ai conservé que deux activités essentielles : l’écriture, la musique. Mon actuelle actualité, et je me permets cette redondance, est mon petit-fils Noah. Adorable comme tous les bébés. C’est lui qui me maintient ici aux Usa. J’adore ses comptines que je chante avec lui, ses pas maladroits d’apprenant, ses pleurs sans raison, ses envies bizarres, sa curiosité en tout. Avec lui, plus qu’avec mes enfants, je redécouvre le monde tel qu’il s’est sans doute offert à mes yeux de bébé. Bref, je goûte au bonheur d’être papi et de me retrouver dans les maladresses d’un bébé.

 

Quel est l’état de vos liens avec la classe politique ivoirienne ?

Pas de liens, bien que j’en connaisse les animateurs essentiels. Je suis resté jusque-là à la périphérie de la politique en limitant mon rôle à celui d’agitateur d’idées. C’est pourquoi, dès que j’avais commencé à publier des opinions sur la vie sociétale et politique ivoirienne, en 2000, je me suis aussitôt défini comme « libre penseur. » Ce concept semble avoir gagné fortune en ce moment en Côte d’Ivoire. Je m’étais défini ainsi pour éviter qu’on me confonde aux politiciens. Je suis un intellectuel ; et le dire ne revient pas à clamer de vaines vantardises, mais à clarifier ma posture sociale : ni neutre, ni partisan farouche. Le concept est de Honorat Dé Yédagne. Oui, il m’est souvent arrivé de prendre position pour tel ou tel candidat, telle ou telle idée. Ainsi j’ai soutenu le combat de Laurent Gbagbo du Fpi, puis de Charles Konan Banny du Pdci et, par ricochet, d’Alassane Ouattara en faveur duquel il a mené campagne en 2010 pour le compte du Rhdp. Et j’étais à ses côtés

 

Laurent Gbagbo, Charles Konan Banny, Alassane Ouattara. Ne trouvez-vous pas que ça fait un peu désordre ?

De Laurent Gbagbo à Charles Konan Banny, ça peut faire un peu incohérence compte tenu de la différence idéologique ; mais pas de Banny à Alassane Ouattara pour le compte du RHDP. Banny et Ouattara, c’est la même famille politique.

Justement, comment peut-on passer de la gauche à la droite ? Du Fpi au Rhdp ?

Ça a l’air impossible quand on est un militant politique ; encore que, de ce côté, la classe politique ivoirienne n’a pas vraiment donné preuve d’éthique idéologique. Mais, et je vous le répète, je ne suis pas un militant politique. Je suis un homme libre. Je n’ai jamais milité au FPI,  ni au PDCI, encore moins au RDR. Libre, je soutiens librement celui qui semble incarner des idéaux que je porte en moi. Quand il m’est apparu, à tort ou à raison, que M. Gbagbo et ses Refondateurs avaient trahi l’idéal pour lequel je leur ai apporté mon soutien, je les ai quittés. C’est aussi simple que ça. A l’opposé, M. Ouattara avait un projet de société chargé d’espérances : sa vision de la Santé, de la Justice, des équilibres sociaux, de la construction d’une nation unie, etc. Alors, je me suis convaincu qu’il fallait qu’on lui offre aussi l’occasion d’apporter son expertise et ses expériences au pays. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de notre pays, qu’un homme de gauche coopère avec ceux de la droite. Le Front républicain (Fpi-Rdr et PPS) en est la parfaite illustration. Or eux sont des hommes politiques. Ce n’est donc pas le simple citoyen que je suis qui va se mettre à professer l’intégrisme et le fondamentalisme idéologique. Dans le fond, en Afrique, ça ne veut rien dire, ces notions de gauche, droite, Centre-gauche ou Centre-droit. En Afrique, on a besoin d’hôpitaux, d’écoles, d’eau potable, de courant électrique, de routes et ponts, etc. De justice aussi et surtout. On a, plus encore, besoin de mettre fin à la corruption. Et pour faire ça, il nous faut des dirigeants de caractère. Pour moi, Alassane Ouattara avait et a ce profil. Alors j’ai soutenu son combat, rejoignant ainsi celui de Charles Konan Banny qui ne pouvait aller à la présidentielle de 2010. Pour les raisons que tout le monde sait. 

 

Alors, pourquoi, après cela, avez-vous dit « Non à l’Appel de Daoukro » qui avait pour but de reconduire Alassane Ouattara ?

Entendons-nous bien. Ce n’est pas la reconduction du Président Ouattara qui me gênait. Lisez ou relisez bien ce livre qui, malheureusement, a importuné le RHDP. Le second mandat ne me gênait pas en tant que tel. C’est la manière de le lui offrir, au mépris des textes de leur organisation, textes qu’ils se sont eux-mêmes donnés, qui me révulsait : pas de primaire, pas d’avis préalable des bases militantes. En somme, une étrange décision solitaire, anti-démocratique, et immanquablement porteuse de gènes de conflits futurs. Tel que formulé, cet Appel ne pouvait que diviser, à moyen ou long terme, les deux grandes formations politiques du RHDP que sont le PDCI et le RDR. C’est le cas actuellement. Le reconnaître ne ferait pas que me réhabiliter, mais éclairerait davantage leur lecture de la chose politique. Je le redis : en 2015, parmi les multiples manières de reconduire Ouattara, « l’Appel de Daoukro » était-il la meilleure ? Ma réponse n’a pas varié. NON. Pourquoi, selon vous, aujourd’hui, le Président Ouattara demande un parti unifié et un choix de candidat fondé sur des primaires ? C’est ce que leur recommandent leurs propres textes. Et c’est ce que je leur avais demandé de faire, et ils se sont énervés contre moi. Comme ça ! Les primaires, c’est ce que recommande le bon sens politique et républicain, quand on est dans une alliance. Mais procéder par tontine comme ils l’ont fait, en 2015, a été une grossière erreur. On dit qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Le Président Ouattara a décidé désormais de bien faire. Je le soutiens dans cette voie. Sans réserve. Pour la santé de la démocratie en Côte d’Ivoire.

 

Après le congrès du MFA, de l’UPCI, du RDR et bientôt celui de l’UDPCI, comment jugez-vous la marche des partis de ces partis vers un parti unifié RHDP ?

Sur le fond, les présidents Ouattara et Bédié voient juste. Et puis, c’est conforme à l’ultime recommandation du Président Houphouët-Boigny. Il leur a dit : « Mettez-vous en équipe ; tant que vous travaillerez ensemble, vous conservez le pouvoir ».

Le PDCI dans ce contexte, reste un peu en retrait. Pensez-vous que ce parti est victime de fortes contradictions internes et évite le débat en son sein ?

Je veux vous parler franchement : j’ai mon idée sur cette question, mais je ne vous la dirai pas, car je suis fatigué des palabres avec les politiciens de mon pays. Ils sont trop nerveux et susceptibles. Alors, comme dirait Ticken Jah : « J’ai enlevé mon nom dans leur bizness. » Je veux désormais être un conciliateur, un réconciliateur même, et non plus une source de disputes et de discordes. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le Président Ouattara a raison d’insister sur cette question hautement stratégique et tactique.

 

Interview réalisée par  Ouakaltio OUATTARA

 

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