RGPH : Des chiffres précis pour l’avenir

Sortie d’une décennie de crise, la Côte d’Ivoire lance en 2014, son quatrième recensement général de la population depuis son indépendance. L’opération sera boycottée par l’opposition qui compte à cette époque plusieurs de ses figures en prison et en exil. Le bilan de l’opération reste mitigé. Prévue chaque six ans, la Côte d’Ivoire veut se donner à nouveau les moyens d’avoir des chiffres fiables afin de mieux orienter sa politique pour les années à venir. Le contexte politique est plus stable et plus calme, et cela devrait favoriser les choses. La tenue dans le calme des élections législatives, les premières inclusives depuis 1990, donnent l’espoir d’un tournant durable pour le pays. L’opération a débuté le lundi 8 novembre et devrait se poursuivre jusqu’à la fin novembre avec des enjeux énormes.

Nous sommes en 2014 et le dernier recensement général de la population et de l’habitat remonte à Novembre 1998. La Côte d’Ivoire comptait alors 15 366 672 habitants. Le gouvernement ivoirien décide de mettre à jour ces chiffres. Sauf que le contexte politique ne s’y prête pas. L’opposition lance un boycott de l’opération et tant à Abidjan qu’à l’intérieur du pays, l’opération ne rencontre pas une adhésion totale des populations. Le délai est reporté plusieurs fois sans que les tenants du pouvoir n’arrivent à convaincre les populations réticentes, du bien-fondé de l’opération. Au pas de course, l’on obtient des résultats. L’Institut national de la statistique (INS)  publie, en août 2015, les résultats définitifs du quatrième  Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH) 2014. La population ivoirienne, multipliée par 3,4 entre 1975 et 2014, s’élevait  désormais à 22 671 331 habitants en 2014, pour une densité de 70,3 habitants/km². L’abondance d’une population jeune telle que les chiffres l’indique, est un défi majeur, en termes de logement, de nourriture, de santé, d’éducation et de travail décent.  Six ans après, le pays espère avoir des chiffres plus fiables pour l’avenir. Les résultats du recensement devraient permettre de cerner les conditions de vie et les besoins des populations de chaque hameau, de chaque village pour mieux orienter l’action gouvernementale  selon la ministre Nialé Kaba, ministre du plan et du développement, cheville ouvrière de l’opération.

Disparités territoriales Les inégalités spatiales accumulées depuis les vingt dernières années traduisent le défi de l’inclusion spatiale. Malgré une reprise intense des activités économique,  l’on note que l’impact de la croissance peine à se faire sentir dans les zones rurales et les centres péri-urbains.  La place prépondérante de la capitale économique et des zones portuaires dans les échanges commerciaux est significative des inégalités spatiales. La densité de l’activité économique est concentrée dans le sud, le centre est et le sud-ouest du pays, en lien circulaire direct avec la densité de population. Si le décollage économique est bien réel, la retombée des fruits de la croissance est un enjeu majeur pour les prochaines années. Selon les chiffres de la banque mondiale, comparé à 2019, la Côte d’Ivoire a fait un léger bond dans le classement de l’indice du capital humain (0,38) de la Banque mondiale en 2020. « La pauvreté y est en net recul, passant de 46,3% en 2015 à 39,4% en 2020. Cette baisse se limite aux milieux urbains ; le nombre de pauvres ayant augmenté dans les zones rurales sur la même période (+2,4%)» explique l’institution internationale.   Le profil type du ménage pauvre en 2015 met en avant les déterminants suivants : la taille du ménage, le niveau d’instruction du chef de ménage et l’accès à l’emploi formel. Par ailleurs, plus du tiers de la population ayant un emploi est pauvre (35,5%), ce qui montre l’importance du sous-emploi dans le pays. Si le sud du pays bénéficie des indicateurs de développement humains les plus élevés grâce à la densité de l’activité économique, ces régions continuent de connaître la pauvreté, comme le souligne la dernière enquête sur le niveau de vie des ménages publiés en 2018 par l’INS. 

Tendances lourdes La présente opération devrait permettre de  déterminer les choix politiques et économiques des gouvernants.  Les tendances en termes de contraception et de natalité pourront restent un élément important pour l’avenir. Le niveau actuel toujours élevé de la fécondité et la jeunesse de la population garantissent à la Côte d’Ivoire la poursuite de la croissance de sa population, et ce quelles que soient les hypothèses de baisse de la fécondité considérées. Celle-ci devrait être d’environ 30 millions en 2030, puis se situer entre 40 et 50 millions en 2050.  De sources proches de l’INS, la fécondité reste actuellement très élevée (5 enfants par femme environ en 2014) et l’utilisation de la contraception moderne est faible (12 % chez les femmes en union en 2012- 2013), ce qui fait de la Côte d’Ivoire l’un des pays du monde ayant les niveaux de fécondité les plus élevés. Or faire face à des augmentations aussi importantes suppose une rapidité exceptionnelle d’adaptation des moyens importants qui peuvent être difficile à mobiliser dans un pays comme la Côte d’Ivoire. La dimension démographique reste, selon les experts,  primordiale pour l’avenir du pays de par ses effets dans les domaines économique et politique. Les capacités du pouvoir politique à saisir la fenêtre de l’opportunité démographique lorsqu’elle surviendra pourront lui assurer des succès majeurs et durables. A l’inverse, une croissance démographique forte pose un défi majeur au pays dans ses capacités à assurer une croissance économique qui suive le rythme démographique. Par ailleurs, une croissance démographique élevée se traduit par la part prépondérante des jeunes dans la société, mettant à rudes épreuves les politiques pour l’emploi jeunes. Au-delà, permettre l’accès à un emploi « décent » à tous constituera un défi redoutable à relever dans les 20 prochaines années pour la Côte d’Ivoire. Cela nécessiterait à la fois d’ améliorer les conditions d’activité et les conditions de vie des millions de travailleurs insuffisamment ou pas rémunérés qui sont aujourd’hui occupés dans le secteur informel et  permettre la création de suffisamment d’emplois « décents », notamment dans le secteur informel pour répondre, du moins en partie, aux aspirations du million de chômeurs que compte actuellement le pays. Il faudra enfin, anticiper l’entrée de plus de 5 millions de nouveaux arrivants sur le marché du travail (d’ici 2030 – selon les projections démographiques).

Plusieurs inconnues La stabilisation du nombre des centres de santé, du nombre de salles de classes et de château d’eau à construire, restent un casse-tête pour les gouvernants ivoiriens. Cette situation, selon l’INS est liée à plusieurs facteurs parmi lesquels le refus de recensement de certaines populations vivant en Côte d’Ivoire, un flux migratoire non maitrisé et le déplacement des populations vers les villes plus pourvoyeuses d’emplois. Le phénomène d’urbanisation a été très influencé par les maillages administratifs et par le développement de centres économiques régionaux. Le contexte socio-politique et économique joue donc beaucoup dans l’évolution de cette tendance. Si le taux de croissance de l’urbanisation s’est ralenti depuis les années 80, l’urbanisation continue d’augmenter. La démographie galopante en Côte d’Ivoire laisse présager une continuation de la tendance à l’urbanisation (60% de la population sera urbaine en 2030 et plus de 68% en 2050 selon les projections).  Si le phénomène d’urbanisation se poursuit, les enjeux actuels ne peuvent que s’intensifier dans les années à venir : comment nourrir les populations des villes et comment leur garantir un accès aux services de base ? Une véritable question qui pourra trouver réponses sûrement si ce recensement général se tient dans les bonnes conditions et que les chiffres sont réels ou proche de la réalité. Dans le cas contraire, le pays devra patauger à nouveau et les politiques publiques n’auront pas grandes impactes sur les problèmes pH

Hendrix KONE

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