Sylvie Memel-Kassi : « Notre musée est de petite capacité »

À l’ère de la restitution des œuvres d’art de plusieurs pays africains, la directrice du Musée des civilisations de Côte d’Ivoire, Sylvie Mémel-Kassi, donne des précisions.

La Côte d’Ivoire a à près de 4 000 œuvres d’art détenues par le musée du Quai Branly à Paris. C’est quand même énorme !

Il faut faire attention avec ce chiffre, car il y a une nuance. Ce ne sont pas 4 000 objets qui ont été transféré illicitement. Il y a eu plusieurs modes de transfèrements.  Des objets appartenant à des particuliers ont été expropriés par des invasions militaires pendant la colonisation et ont rejoint les collections des départements Afrique des musées occidentaux. Il y a eu aussi le fait que des missionnaires sont passés par la voie de la religion pour prendre des objets, sous prétexte que c’étaient des fétiches dont les peuples devaient se débarrasser. Ces objets ont été transférés en Occident pour rejoindre les collections publiques. Pourrons-nous réclamer ces objets ? Oui, si on a usé de la ruse pour nous les prendre. Mais si ce sont les peuples eux-mêmes qui les ont remis en toute conscience et que ceux-ci se retrouvent dans des collections avec toute la documentation qui va avec, la Côte d’Ivoire n’est pas en droit de les récupérer. La question de la restitution fait appel au droit. Et il y a enfin le fait des marchands français. Et si nous parlons de marchands, cela veut dire qu’il y a eu échange, donc consentement. Dans ces conditions, lorsque tout cela est mis ensemble, on se rend bien compte que les 4 000 objets ne sont pas tous concernés.

Est-ce que le Musée des civilisations d’Abidjan a la capacité requise pour les accueillir ces œuvres ?

La première condition est que ces objets soient accueillis dans un conditionnement idoine, parce que ceux-ci ont fait l’objet d’une attention particulière. Ces objets sont restés dans un conditionnement climatique sophistiqué, dans des musées de référence, et devront affronter un autre climat. La première des choses à craindre c’est le choc thermique. Est-ce que nous souhaitons recevoir des œuvres d’art qui se fendilleront et que nous pouvons perdre au bout de 5 ans, alors que ceux-ci, avec un siècle de vie, ne souffrent d’aucune défection ?  Beaucoup ignorent que lorsqu’on parle de matériau organique, tel que le bois, cela fait appel à la chimie. La fonction publique engage-t-elle des chimistes pour les musées ? C’est tous ces paramètres que nous devons voir avant de pouvoir les recevoir. Et, au niveau institutionnel, notre musée n’a pas la capacité d’accueillir tous ces objets. Il faut penser à agrandir l’espace. Le projet de construction d’un grand musée, qui devrait être l’un des trois plus grands d’Afrique, et la construction d’autres musées, régionaux, viennent à point nommé.

Combien d’œuvres d’art ivoirien pourraient être alors restituées?

Par rapport à la réalité que nous avons ici, nous préférons parler d’un nombre symbolique. Ce qui est important, c’est l’acte de retour, pour montrer que la Côte d’Ivoire est dans la dynamique universelle. Que ce soit un, cinq ou dix objet, nous voulons montrer à l’opinion nationale que notre pays peut demander et obtenir le retour de ses biens culturels et qu’il est en droit de le faire.

Propos recueillis par Anthony NIAMKE

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