Tourisme : Un potentiel qui reste à exploiter

Frappé de plein fouet par la crise militaro-politique, qui aura consacré la partition du pays de septembre 2002 à avril 2011, le tourisme ivoirien tentait une renaissance, quand survint en mars 2016 une attaque terroriste dans la cité balnéaire de Grand-Bassam. Un coup de frein brusque qui, pendant près de six mois, aura mis ce secteur en berne, tant Bassam se positionne comme le poumon du tourisme ivoirien. « Touché mais pas couché », comme on le dit désormais à Abidjan depuis l’attaque terroriste du 13 mars, qui a fait une vingtaine de victimes, le secteur touristique qui a atteint 5% du PIB, se remet peu à peu. Les acteurs, qui espèrent qu’il s’agira cette fois-ci du bon départ, se réunissent à compter du 28 avril à pour participer au Salon international du tourisme d’Abidjan.

Alors que les armes tonnaient et s’installaient dans le quotidien des Ivoiriens à partir de 2002, l’industrie touristique s’enrhumait de plus en plus. Plus de 10 ans après, ce secteur tente, tant bien que mal de prendre une place dans l’économie ivoirienne. Pourtant, avec environ 5% du PIB, le secteur n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. Car selon Alassane Ouattara, président des restaurateurs et hôteliers de Grand-Bassam, il faut encore « d’énormes efforts, de gros investissements et un peu plus de créativité » pour donner à ce secteur une place qui pourrait rendre jaloux les autres acteurs de l’économie ivoirienne. Pour ce dernier, qui reste convaincu que, bien organisé, le secteur touristique peut absorber des centaines de milliers de chômeurs, l’appui de l’État « reste encore faible. » Des prévisions que confirme l’Organisation mondiale du voyage et du tourisme (WTTC), qui dans un rapport publié en mars 2017, précise que l’apport du tourisme dans l’économie ivoirienne devrait augmenter de 5,8% par an jusqu'en 2026, avec une croissance annuelle moyenne de 2,6% des emplois directs et de 2,8% pour les emplois indirects, au cours des 10 prochaines années.

 

Sites touristiques variés En terme de potentiel, la Nature n’a pas été avare envers la Côte d’Ivoire. Avec une façade maritime qui occupe une portion de 520km du littoral ouest-africain, elle peut se targuer d’avoir de nombreuses plages, du sud-ouest au sud-est. Même si la ville de Bassam attire le plus grand nombre de visiteurs, de par sa proximité avec la ville d’Abidjan et de par son histoire, les villes de San Pedro, de Grand-Lahou, Fresco et Jacqueville, offrent également de beaux paysages, avec un regain d’intérêt pour les plages de la « capitale des trois A » (Alladian, Ahizi et Avikam), depuis l’ouverture en 2015 du pont reliant cette cité balnéaire à Abidjan, en remplacement du bac vieux de 40 ans. À ces espaces maritimes et parfois lagunaires, il faut ajouter la présence de huit parcs nationaux et six réserves répartis sur divers endroits du territoire. Un potentiel qui peut permettre de déveloper l’écotourisme et qui a conduit l’Office international des parcs et réserves (OIPR) a signer en février 2016 un partenariat avec Côte d’Ivoire Tourisme en vue de développer ce segment. À la clé, la promotion de la construction et de la réhabilitation de l'infrastructure éco-touristique, ainsi que l'ouverture et la rénovation des chemins de randonnée dans les parcs nationaux, notamment ceux du Banco, d’Azagny et de Taï. Par ailleurs, la Côte d’Ivoire lançait en août 2016 un projet visant à préserver ses parcs et réserves naturelles grâce à la gestion intégrée des ressources de ses aires protégés, comme c’est le cas avec la Wild Chimpanzee Foundation (WCF), une ONG suisse travaillant pour protéger les chimpanzés du parc national Taï.

En dehors de ces sites naturels, la multiplicité ethnique a favorisé une diversité culturelle devenue un atout ayant développé plusieurs festivals et carnavals qui attirent des étrangers, en plus des visiteurs locaux ou nationaux.

 

Efforts de préservation Si la route précède le développement, ainsi que le dit le dicton, le réseau routier ivoirien long de plus de 85 000 km, dont 6 500 km de routes bitumées, longtemps l’un des plus performants de l’Afrique de l’Ouest, fait petit à petit peau neuve après une longue période sans construction ni réhabilitation. « Pour visiter le pays profond et ses merveilles, il faut bien des routes », comme le pense Adama Ouattara, directeur culturel et touristique de la région de Tchologo (Ferké), joint par JDA, pour qui des efforts supplémentaires doivent être faits en matière de voirie. Même s’il salue le lancement des travaux de l’autoroute Yamoussoukro-Bouaké pour sa première phase, il souhaite une accélération des travaux en cours et un début de réalisation des autres projets de voiries. Jusque-là très peu exploité, le plan d’eau lagunaire, qui attire également des touristes, est de plus en plus sollicité. Ce plan d’eau ceinture Abidjan avec des prolongements dans sa banlieue. Des efforts sont donc menés afin d’en tirer des retombées économiques.

 

Besoin de formation Si Abidjan, et dans une moindre mesure Yamoussoukro, enregistrent un boom hôtelier, la qualité de la main d’œuvre dans l’industrie hôtelière reste en deçà des normes internationales, selon Germain Ollo. Pour cet hôtelier et fondateur d’une école d’hôtellerie qui accueille 300 étudiants par an,  « il y a pénurie de compétences de qualité dans le secteur du tourisme. » Poursuivant, il estime que s’il est bien de construire des réceptifs hôteliers, il est encore mieux de former un personnel de qualité pour ces établissements. « Traditionnellement, le personnel de l'hôtel n'a pas un niveau qui est à la hauteur des normes internationales de tourisme, et de nombreux établissements ont du mal à employer du personnel qualifié », explique M. Ollo, qui ajoute que cette situation n’est pas propre à la Côte d’Ivoire, mais fréquente dans de nombreux pays subsahariens. Même son de cloche chez le président des hôteliers et restaurateurs de Bassam pour qui, il faut une véritable formation des guides touristiques, mais aussi intégrer des services touristiques dans certaines municipalités. « Il est insensé que certaines mairies, qui abritent des sites touristiques, n’aient pas en leur sein un service dédié », se plaint-il. Résultat, des jeunes formés sur le tas et qui ne parlent, parfois difficilement, que la langue française, s’improvisent « guides touristiques ». Le sujet figure en bonne place parmi les sujets qui seront évoqués cette semaine lors du Salon international du tourisme d’Abidjan.  

 

Ouakaltio OUATTARA

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