Case prison : L’antichambre des politiques en Afrique ?

Depuis les indépendances africaines, les prisons ont toujours été un moyen d’oppression contre les opposants

En Afrique, le passage par la case prison semble parfois nécessaire pour se voir conférer le titre de « politicien ». Bien que les rivalités politiques puissent conduire des opposants à certains pouvoirs en prison, ces derniers adoptent aussi volontiers la posture du martyr pour gagner en renommée.

De la période coloniale à nos jours, rivalités politiques riment souvent avec prison. Le harcèlement politique des partis au pouvoir a en effet conduit de nombreux opposants au bagne. Lorsqu’ils étaient dans l’opposition, des politiques comme Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, Mahamadou Issoufou au Niger, Patrice Talon au Bénin et Alpha Condé en Guinée sont tous passés une étape en prison. La plupart étaient accusés de troubles à l’ordre public et de tentative d’assassinat. Ironie du sort, une fois au pouvoir, ils ont eux aussi mis des hommes politiques, parfois proches d’eux ou même anciens alliés, derrière les barreaux.

 

Inculture  démocratique ? Julien Kouao, politologue, explique l’emprisonnement des opposants politiques par le fait que des dirigeants africains sont en conflit avec les concepts de la démocratie et de la République. « L’inculture politique pousse certains des dirigeants à commettre beaucoup d’impairs en Afrique. La politique est un métier qui relève d’une science. Il faut que les dirigeants politiques africains apprennent cette science pour mieux gouverner », suggère l’enseignant. Pour lui, vouloir étouffer son opposition relève d’une mauvaise connaissance des normes démocratiques. « Au lieu d’avoir comme conseillers des marabouts et autres hommes de Dieu, les dirigeants africains gagneraient à avoir pour conseillers des juristes et des politologues, qui pourront leur enseigner l’art de gouverner », ajoute-t-il. Pierre Dogbo, politologue lui aussi, pense que les dirigeants africains ont hérité cette manière de faire la politique du colonisateur. « Les colons n’acceptaient pas la contradiction et la critique. Ils emprisonnaient tous ceux qui étaient opposés à leurs idées et à leur gestion. C’est pareil aujourd’hui avec les chefs d’État africains ». Toutefois, bien que les dirigeants africains fassent preuve d’inculture démocratique en emprisonnant leurs opposants, force est de constater que certains politiciens aiment adopter la posture « du martyr présidentiable » en se faisant emprisonner. Ce sont pourtant, selon l’enseignant de l’Université Félix Houphouët-Boigny, « de faux martyrs ».  À l’en croire, la réclusion n’est pas synonyme de renommée politique. Pour Julien Kouao, ceux qui brandissent leurs démêlés avec la justice pour atteindre leurs objectifs ignorent tout de la politique et manipulent leurs militants. Des militants parfois abusés, qui se retrouvent parfois en prison sans comprendre grand-chose à ce qui leur arrive et qui sont souvent sacrifiés sur l’autel de la réconciliation entre leaders politiques autrefois rivaux.

 

Adélaïde Konin

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