Résidences universitaires : À quand la fin du calvaire ?

Les dégâts de la crise postélectorale n’ont pas épargné les cités universitaires. Transformées pour la plupart en espaces d’hébergement de miliciens et de groupes armés, certaines ont été le théâtre de combats entre forces opposées, avant de se transformer en camps militaires pour les vainqueurs. Cela va faire bientôt 9 ans que des étudiants ont hâte d’accéder aux chambres qui leur ont été promises. Réhabilitées, celles de Cocody (4) se sont vite montrées insuffisantes. Les regards ont vite fait de se tourner vers celles des communes de Port Bouët, d’Abobo et d’Adjamé. Pour la énième fois, les autorités viennent de donner une date quant à la réouverture de certaines de ces cités. Mais, entre acteurs, il faudra régler certains problèmes avant.

Murs ocres, enceintes broussailleuses, silence mortuaire... Depuis la libération de la résidence universitaire de Williasmville (Adjamé) en 2013 par les ex-combattants, ce n’est plus qu’un amas de bâtiments en ruines. Cela va faire bientôt 9 ans que l’endroit a été abandonné par les étudiants pour être reconstruit. Sindou Bamba, alors étudiant en Sciences éco à l’université de Cocody, y a passé 4 ans en tant que pensionnaire. Et, pour lui, la vie qui y régnait à cette époque-là contraste clairement avec le calme plat et les bâtisses désuètes qui sont offerts en spectacle aux passants. À quand la rénovation ? « Je veux voir la cité revivre, même si je ne suis plus étudiant », explique ce travailleur, qui habite non loin du lieu. Il n’est pas le seul à formuler ce souhait. Près de 9 ans après la fermeture des résidences universitaires d’Abobo, de Williamsville et de Port-Bouët, les étudiants commencent à s’impatienter. Les travaux dans la cité de « Willi » n’ont toujours pas débuté. À Abobo et Port-Bouët, les ouvriers sont à pied d’œuvre. Mais pour combien de temps encore ?

Grincements de dents Après plusieurs échéances non tenues, on peine à donner des précisions. La dernière annonce en date, qui n’a pas été respectée, a été celle de Dongossi Ouattara, Directeur général du Centre régional des œuvres universitaires (CROU-A2) qui avait annoncé la livraison des résidences pour les cités universitaires d’Adjamé 220 logements, Williamsville et Abobo 1 et 2 pour janvier 2019. Les trois résidences universitaires étaient censées mettre à la disposition des étudiants une capacité totale de 2 647 lits : 196 à Adjamé 220 logements, 448 à Williamsville et 2 003 lits à Abobo 1 et 2. « C’est l’une de nos préoccupations majeures. La Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) a toujours mis au centre de ses préoccupations la livraison des résidences universitaires encore fermées pour soulager un grand nombre d’étudiants », explique Silver Kouamé, responsable à la communication de la FESCI. Pour Charles Kisito Fangma, Président du Comité des résidents du campus de Cocody, la pression n’a jamais été aussi forte. En effet, l’on vient à peine d’afficher les résultats de l’attribution des chambres dans les résidences universitaires. Et le Comité des résidents affirme que 40% des bénéficiaires sont toujours dans l’attente de gagner leurs dortoirs. Même si une source au sein du Centre régional des ouvres universitaires (CROU-A1), explique que tout est rentré dans l’ordre, la question pour Charles Kisito Fangma est que les chambres sont insuffisantes. « Des milliers d’étudiants attendent l’ouverture des résidences universitaires. Car, chaque année, beaucoup parmi ceux qui sont dans le besoin ne parviennent pas à se loger », explique l’étudiant. Toutes les associations estudiantines sont sur le coup. « Nous n’avons eu de cesse de mener des démarches auprès des autorités pour accélérer les choses », ajoute Karamaoko Traoré, Président du Comité des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (CEECI). Pour l’instant, les premières informations qui fusent du côté des autorités semblent rassurantes. Il y a un mois, au sein du CROU-A1, bien qu’on affirmait qu’il était du ressort des autorités de livrer les résidences, la date d’août avait été avancée. En août, au moins l’une des résidences universitaires en cours de réhabilitation sera prête à être livrée. « On nous a même affirmé qu’en juillet on pourrait avoir les premières admissions », confirme Charles Kisito. Des informations à prendre avec des pincettes, aux dires de Karamoko Traoré. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Albert Mabri Toikeusse, a préféré le 18 juin dernier avancer la fin 2019 comme date de livraison des résidences universitaires en cours de réhabilitation. C’était lors de la Concertation nationale sur l’enseignement supérieur. « Nous avons eu des rencontres avec le ministère de l’Enseignement supérieur et ce qui ressort c’est que les résidences universitaires de Port-Bouët et Abobo seront prêtes d’ici janvier 2020. Celle d’Adjamé 220 est quasiment terminée », informe Saint-Clair Alla, Secrétaire général de la FESCI. Avant d’ajouter : « ce qui fait qu’aujourd’hui, au niveau des étudiants, nous ne voulons plus manifester. Nous attendons simplement fin 2019 pour voir la concrétisation de cette énième annonce sur l’ouverture des résidences universitaires ». Aujourd’hui, dit-il, rien qu’à l’université Félix Houphouët-Boigny, on a plus de 50 000 étudiants. « 80% de ces étudiants ont besoin d’être logés ».

Insuffisances « Le CROU-A1 n’y peut rien, parce que le nombre de chambres disponibles est très insuffisant », note-t-il. Des situations qui ont provoqué, à l’entendre, certains malentendus dans l’attribution des chambres. Le fait que tout le monde veuille être logé a entraîné des accusations à l’encontre de la FESCI. « On raconte que les étudiants issus de la FESCI occupent les chambres et qu’ils ne veulent pas les libérer, mais c’est faux. Ce sont en fait des étudiants qui ont fait la demande de chambres au même titre que les autres. Le fait que le CROU-A1 leur ait attribué des chambres, dans le strict respect des critères d’attribution, a fait dire à certains que la FESCI occupait illégalement les chambres. La FESCI est aujourd’hui une association qui œuvre pour la paix à l’université. C’est pour cela que nous militons pour que les autres résidences universitaires soient très vite rénovées. Même si ça ne sera pas suffisant », s’étend le tout nouveau leader de la FESCI. Une position que plusieurs étudiants mettent en doute, car, disent-ils, ils sont parfois, de force, délogés de leurs chambres au profit de personnes proches de la FESCI. Mais, même avec toutes les résidences universitaires réhabilitées, on sera loin du compte. « En comptant la cité Mermoz qui compte 122 lits, la Cité rouge, 602 chambres, l’université de Cocody, 3 000 lits, les autres résidences universitaires (Riviera 2, Campus 2000) et celles qui seront bientôt réhabilités, on atteint à peine les 10 000 chambres », détaille Alla. Une situation affligeante pour les parents d’élèves et d’étudiants. « Nous avons été nombreux à nous associer à la voix des étudiants pour demander la réouverture des résidences universitaires fermées depuis la fin de la crise postélectorale. Aujourd’hui, le nombre d’étudiants a considérablement augmenté », signale Claude Kadio Aka, Président de l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire (OPEECI). Et, pour Charles Kisito, les cités déjà réhabilitées ne sont pas tirées d’affaires. Riviera 2 et Mermoz, d’après lui, ont perdu leur éclat, 6 ans après leur réouverture. Dans de nombreuses chambres, des travaux de plomberie sont à refaire. Parfois, il faut pour les étudiants cotiser pour réparer les dégâts. Des faits qui, selon la Directrice générale du CROU-A, Pr Rita Yao Kouakou, relèvent de la Société d'infrastructures modernes et pour le développement de la Côte d'Ivoire (SMDCI). Mais, dans cette structure, on explique que les dysfonctionnements en question ne sont pas remontés à la direction. Et qu’à chaque fois que cela a été fait, la SMDCI est venue faire des réparations. Au ministère de l’Enseignement supérieur, on est optimiste. Environ 12 000 lits sont annoncés pour soulager les étudiants. Avec 1 000 qui seront offerts à l’université de Korhogo et 500 au campus de Man.

Raphaël TANOH

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