Gouvernement : les banquiers aux commandes

Les banquiers dans ce gouvernement auront fort à faire pour convaincre les Ivoiriens.

Le premier gouvernement de la 3è République est-il celui dont rêvait le Président Alassane Ouattara depuis son accession au pouvoir en 2011 ? Tout porte à le croire. Après avoir composé des gouvernements de reconnaissance avec les fidèles, les alliés et amis politiques qui l’ont aidé, directement ou indirectement, à conquérir le pouvoir, le président, qui a déjà annoncé qu’il quittera le pouvoir en 2020, a décidé de s’entourer de ministres technocrates. Une donne qui devrait permettre d’accélérer la marche vers l’émergence et de concentrer les efforts du gouvernement Amadou Gon Coulibaly sur les questions économiques et l’emploi. Avec à sa tête deux banquiers, le président Alassane Ouattara et son vice-président Daniel Kablan Duncan, la Côte d’Ivoire de 2017, si elle peut rassurer les bailleurs de fonds, doit aussi veiller au bien-être des Ivoiriens, et notamment à leur pouvoir d’achat.

Avec l’entrée au gouvernement des ministres Thierry Tanoh au département du Pétrole, de l’Énergie et du Développement des énergies renouvelables et de Souleymane Diarrassouba au Commerce, qui rejoignent Aboudramane Cissé, qui a désormais les pleins pouvoirs sur le budget et Jean Claude Brou, confirmé aux mines, les postes stratégiques sont désormais aux mains des banquiers. Une équipe de technocrates, dont la gestion pourrait être axée sur les résultats et moins sur la satisfaction des chapelles politiques. Une jeune équipe de technocrates, chapeautés par deux maîtres d’orchestre, le président et son vice-président, purs produits de la finance et des institutions internationales.

Aboudramane Cissé,

Cet ingénieur diplômé de l’École Polytechnique de Paris (2001) et de l’Institut français du pétrole, entre au gouvernement en novembre 2013 à 32 ans, en qualité de ministre auprès du Premier ministre chargé du budget et du portefeuille de l’État. Auparavant, Aboudramane Cissé avait été conseiller du président de la République chargé des finances publiques (juillet à décembre 2012), après 7 années passées à la banque d’affaires Goldman Sachs (2005-2011). À ce titre, il a développé un vaste programme de réformes visant à améliorer la gestion des finances publiques, avec la mise en place du livre foncier électronique (LIFE), un nouveau décret sur les délais de passation de marché, la mise en place des contrôles mixtes entre la Direction générale des impôts (DGI) et celle de la douane (DGD). Une initiative qui a permis de reclasser certains contribuables et de mettre fin à la procédure d’enregistrement manuel des numéros de compte contribuables. Mais en 2016, lorsque l’Autorité nationale de régulation des marchés public publie son rapport sur la passation des marchés au niveau des ministères, le sien est classé en tête des ministères ayant procédé au plus grand nombre de marchés gré à gré. Une douche froide pour celui qui était pourtant sensé veiller à ce que le nombre de transactions conclues directement entre les entrepreneurs et l’État soit réduit. Une mauvaise note, qui n’entame en rien la confiance placée en lui. Bien au contraire, le président de la République et le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly viennent de lui confier, à 36 ans, un ministère plein : le budget et le portefeuille de l’État. « Ce sont les directeurs des ports autonome, de la douane, du trésor et des impôts qui auront encore le sommeil troublé, tant il aime leur mettre la pression », indique un journaliste spécialiste des questions économiques.

Thierry Tanoh

Né en 1962, cet économiste et expert-comptable, diplômé du MBA de l’université Harvard aux États-Unis, a rejoint la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale en 1994. Thierry Tanoh est au départ en charge de l’appui au secteur privé, puis occupe, au bout d’une ascension fulgurante, le poste de vice-président pour l’Afrique subsaharienne, l’Amérique latine, les Caraïbes et l’Europe de l’ouest en 2008. Devenu directeur général de la banque panafricaine Ecobank en juillet 2012, il est mis fin à ses fonctions en mars 2014, après une série de crises au sein de la direction du groupe. Mais Tanoh rebondit aussitôt au poste de secrétaire général adjoint à la présidence de la République, où il seconde l’actuel Premier ministre Amadou Gon Coulibaly pour les questions économiques et financières. Aujourd’hui, ministre du Pétrole et de l’Énergie en remplacement du très controversé Adama Toungara, il devra se pencher sans tarder sur des dossiers brûlants comme celui de la Petroci qui, courant 2015-2016, a connu une crise ayant abouti au licenciement d’un certain nombre de ses agents, et également celui de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CEI) et de ses tarifs contestés par la population. À 55 ans, son expérience à la SFI devrait être utile pour moderniser le secteur et mobiliser des financements auprès d’investisseurs privés, conformément à la politique de libéralisation du secteur.

Souleymane Diarrassouba

Le ministre du Commerce, de l’Artisanat et de la Promotion des PME, 45 ans, est l’ex-directeur général de la Banque atlantique de Côte d’Ivoire (BACI), et par ailleurs président de l’Association des professionnels de banques et établissements financiers du pays (APBEFCI) depuis septembre 2011. Après une longue expérience de la banque (BACI, la SIB, la COBACI, Ecobank et Versus Bank), Souleymane Diarrassouba récupère ainsi les portefeuilles de Jean-Louis Billon et Anzoumane Mou- taye. Le nouveau ministre est déjà sous pression, et devra s’empresser de pro- poser une politique contre la vie chère, et surtout mettre en place le programme Phoenix dédié à l’appui aux Petites et moyennes entreprises (PME). Si ce programme tient à cœur au président de la République, sa mise en exécution reste, jusque-là feuille morte. D’ici là, la bonne maîtrise du secteur privé par cet ancien banquier pourrait donner le sourire aux entrepreneurs ivoiriens.

Jean-Claude

Brou Reconduit au ministère des mines, il est un ancien de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’ouest (BCEAO). De 2000 à 2008, il a occupé respectivement les postes de directeur du service des relations internationales, du service de recherche, puis du département économique et monétaire, avant de devenir conseiller principal et contrôleur général. Entré au gouvernement en 2012 en tant que ministre de l’Industrie, il a en charge le portefeuille des mines depuis 2013. Un secteur qu’il a su redynamiser en le positionnant comme la seconde mamelle de l’économie ivoirienne, avec l’attribution en trois ans de plusieurs permis de recherches et d’exploitation du sous-sol. Une politique qu’il compte bien poursuivre et améliorer, selon des sources proches de son cabinet.

Ouakaltio Ouattara

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Par Ouakaltio OUATTARA

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