Travail des enfants : Un combat de longue haleine

Dans le secteur de l’informel, presqu’aucun secteur économique n’échappe au travail des enfants.

Difficile de donner avec exactitude le nombre d’enfants travaillant dans différents secteurs de l’économie ivoirienne. Plus d’un million à travailler dans les plantations de cacao selon l’Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO), mais on les retrouve également dans d’autres secteurs économiques tant en milieu rural qu’en milieu urbain. L’on tente d’atténuer l’ampleur du travail des enfants en mettant en avant le fait que la plupart de ces derniers travaillent dans les plantations familiales. Même si l’UNESCO veille au grain, n’empêche que selon le Bureau international du travail (BIT) quelque 250 millions enfants de 5 à 14 ans se livrent à une activité économique, avec près de la moitié en Afrique. Entre pauvreté, difficulté de scolarisation, la lutte contre ce phénomène prend plusieurs formes avec de maigres résultats.

Premier pays producteur de cacao au monde, la Côte d’Ivoire compte dans les plantations, des filles et des garçons qui ne connaissent  du cacao que son goût amer. Selon les estimations de l’UNESCO, ils sont un peu plus d’un million à travailler dans les champs au moment de la récolte et à mettre leur santé en danger. « Les sacs et les récipients d’eau très lourds leur abîment le dos, les machettes et d’autres outils les blessent, les pesticides leur gonflent le visage, tandis que des insectes et des serpents dangereux sont omniprésents » peut-on lire dans le rapport de l’Unesco, dressant un tableau sombre de l’activité des enfants. Selon ledocteur Abou Edouard Pokou, spécialiste de la question de traite des enfants, le travail des enfants fait référence à tout travail qui nuit aux enfants sur le plan mental, physique ou moral qui peut avoir un effet négatif sur leur développement mental, physique et social et affecte leur scolarité en les privant de l'opportunité d'aller à l'école ou en les obligeant à quitter l'école prématurément. Le Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) pour sa part retient une définition plus large du concept en considérant qu'un enfant travaille lorsqu'il exécute une tâche rémunérée ou non pour une personne autre qu'un membre du ménage ou lorsqu'il consacre plus de quatre heures par jour aux travaux ménagers et/ou autres tâches au sein du ménage.
Transfrontalier Les experts rencontrés le 17 octobre à l’occasion du colloque de 17 premières Dames de l’Afrique de l’ouest et du Sahel restent formels. « Les enfants ont été expédiés par milliers du Mali, du Burkina Faso, du Togo ou des régions du centre et du nord de la Côte d’Ivoire pour aller travailler dans les plantations cacaoyères de l’ouest et du sud-ouest ivoirien. » La question fâche au plus haut niveau des États et les quelques langues qui se délient préfèrent parler sous couvert de l’anonymat.   Les chiffres du BIT et de l’UNESCO qui confirment cette tendance, expliquent que le travail des enfants en Côte d’Ivoire n’est pas seulement un problème saisonnier. « Plus d’un quart des enfants de 5 à 14 ans du pays travaillent pour contribuer au revenu de leur famille. La moitié d’entre eux ne vont pas à l’école. » Selon Frédéric Aka, responsable des formations de International Cocoa Initiative cette réalité fait état de «  1 424996 enfants âgés de 5 à 17 ans concernés par le travail à abolir dont 539 177, soit 37, 8% impliqués dans un travail dangereux. » Il faut agir et vite pense-t-il afin de donner la chance à ces milliers d’enfants d’avoir accès à l’éducation tout en quittant ce milieu. Mais face à ces chiffres, les gouvernants jouent la carte de la prudence. Selon les autorités ivoiriennes, la question de travail des enfants est préoccupante mais tient compte de certains facteurs. Traditionnellement, la contribution des enfants à l’agriculture familiale était perçue comme une manière de promouvoir la socialisation et l’esprit communautaire chez les enfants et est largement acceptée explique un officiel ivoirien. Malheureusement, poursuit-il, le contexte actuel d’appauvrissement en milieu urbain et rural a souvent contribué à transformer les valeurs traditionnelles en trafic et exploitation des enfants à des fins économiques.. En Afrique, de façon générale, indiquent les experts de la question, le travail des enfants s'inscrit dans un contexte culturel de pérennisation des valeurs et fait partie intégrante du processus de socialisation et d'éducation de l'enfant. Cependant, depuis quelques années, avec l'accentuation de la crise économique, le travail des enfants a fait irruption hors de ce cadre de socialisation pour être happé par l'économie monétaire et ses formes les plus néfastes aboutissant même à l'exploitation de l'enfant. C'est dans ce contexte que ces derniers estiment que le travail des enfants est plus sérieux en Afrique que nulle part ailleurs au monde.
Un travail de fourmisLe travail des enfants est l'un des phénomènes sociaux que les autorités politiques et administratives du pays tentent d'éradiquer. Il reste cependant difficile d'établir avec exactitude le nombre d'enfants concernés, car bien de cas restent discrets et inconnus. En dehors des activités agricoles, l’on retrouve un grand nombre d’enfants dans des divers secteurs économiques.  Selon les chiffres de l’institut national de la statistique, 517 520 exercent dans le secteur des services. « En milieu urbain, on les retrouve dans le secteur informel et surtout dans le commerce » explique Marie-Jeanne N’ZoréKombo, chargée de la lutte contre le travail des enfants au sein de l’Union générale des travailleurs de Côte d’Ivoire (UGTCI). Pour elle, le placement de l'enfant dans une relation de travail salarié passe presque anodin pour une grande partie de la population. «  Les citadins ont recours aux jeunes filles du village afin de s’occuper de leurs enfants. Ils ne se rendent pas compte qu’ils utilisent d’autres enfants pour le bien-être des leurs » explique-t-elle. Pour Mme N’ZoréKombo, si la lutte porte quelques fruits avec une véritable volonté politique, il faudra mettre à contribution l’ensemble de la population ivoirienne dans le cadre de la sensibilisation. « Nous devons tous être acteurs » lance-t-elle dans l’espoir que l’engagement des premières des Dames puisse booster les efforts des différents partenaires. Un travail de longue haleine dans lequel la lutte contre la mendicité et le trafic transfrontalier devrait être accentuée dans un environnement où plusieurs de ces enfants se retrouvent sans extraits d’acte de naissance.
Entre carotte et chicotte La Côte d’Ivoire qui peine pourtant à mettre en place une véritable politique, a décidé de passer à l'école gratuite et obligatoire. Mais elle reste freinée par le manque d’infrastructures et un surpeuplement des classes. Pour la seule rentrée scolaire 2017, l’on chiffre déjà en dizaines de milliards de nos francs la somme à mobiliser pour construire de nouvelles infrastructures de base pour accueillir les élèves au primaire. La réforme visant à ne plus faire sortir des élèves du cursus scolaire jusqu’en classe de troisième, s’avère également coûteuse. L’autre option qui s’ouvre au pays est la surveillance des lieux où les enfants travaillent.  C'est un moyen de repérer les enfants concernés et de les aider à changer de vie, à aller à l'école. C'est aussi une manière de lutter contre l'exploitation des enfants, de s'assurer que ceux qui travaillent le font dans de bonnes conditions, explique le spécialiste Abou Edouard Pokou qui n’écarte pas le fait que les autorités ivoiriennes doivent faire preuve de plus de rigueur dans le traitement de la question. Les sanctions envers parents et ceux qui utilisent économiquement les enfants devraient être prises et médiatisées pensent d’autres experts pour qui, l’on pourrait ajouter à ces moyens de coercition, le refus de l’achat des produits fabriqués par des enfants ou les cultures dans lesquelles interviennent les enfants. Une telle mesure, pensent-ils, aura pour effet de réduire de moitié le nombre d’enfants impliqués dans la cacao-culture et de freiner le trafic transfrontalier des enfants.
Ouakaltio OUATTARA
 

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Par Ouakaltio OUATTARA

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