Quelles retombées pour les jeux de la francophonie d'Abidjan ?

Plusieurs nouvelles infrastructures, dont les travaux ont été lancés par le gouvernement, verront le jour.

Rarement, compétition sportive ou artistique internationale n’aura fait autant parler d’elle plus d’un an avant son échéance. L’annonce de la réquisition pour un an, par l’État ivoirien, des résidences universitaires pour y implanter le futur village des athlètes des Jeux de la Francophonie de 2017 n’a pas manqué de susciter de vives tensions sur le campus de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan depuis avril. Et depuis, cette décision du gouvernement est au cœur de tous les débats. Alors que la question du coût de l’organisation de ces Jeux revient fréquemment dans les médias, celle des retombées attendues est aux abonnés absents. Eclairage.

Sept milliards et demi de francs CFA, ou 11,5 millions d’euros. Le budget de cet événement, rendu public par le Comité national des Jeux de la Francophonie (CNJF), est perçu par certains comme une perte sèche pour l’État ivoirien, qui est l’investisseur principal pour les travaux. Et cela, en dépit des nombreuses promesses d’opportunités et de retombées économiques attendues.

Des emplois en perspective

« Les entreprises ivoiriennes vont soumissionner, au même titre que les autres », pour les marchés qui restent à obtenir, soutient François Alla Yao, directeur général du CNJF. Cela sera « un plus » pour l’économie du pays. Ne serait-ce que par la création d’emplois locaux du fait de nombreux travaux. Cela devrait permettre « de démontrer le savoir-faire de nos entreprises, et faire connaître leurs différents produits dans tout l’espace francophone », poursuit le DG du CNJF. À cet effet, la Chambre du commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire (CCI-CI) et la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI) se sont déjà associées au comité d’organisation pour promouvoir, durant la compétition, les produits et services des sociétés ivoiriennes prenant part à l’événement. En perspective, une promotion à moindre coût. Voilà qui devrait satisfaire les investisseurs nationaux. Toujours côté retombées économiques, il faudra aussi prendre en compte l’apport indéniable, en termes de dépenses diverses, que permettra la venue de 3 000 athlètes, artistes et membres de fédérations pendant les dix jours que dureront la compétition. « La capacité globale des chambres offertes dans les hôtels d’Abidjan est estimée à 3 014 places », rappelle à cet égard M. Yao. Mais les organisateurs espèrent un afflux estimé à environ 10 000 personnes, par- ticipants, journalistes et spectateurs inclus. Pour l’heure, nul ne se risque à faire de prévisions sur les chiffres. Mais, à titre de comparaison, l’on note que, pour le Canada qui organisera les prochains Jeux à Moncton-Dieppe en 2021, l’ordre de grandeur des perspectives annoncées est plutôt encourageant. Les organisateurs de la 9ème édition estiment, d’ores et déjà, à environ 25 millions de dollars (soit 14 milliards de francs CFA) l’ensemble des retombées économiques pour cette manifestation. Pour un budget assez proche de celui d’Abidjan 2017 (15 millions de dollars / 8,5 milliards francs CFA). Dès lors, certes le contexte n’est pas le même, mais la proximité de nombreux pays francophones autour de la Côte d’Ivoire devrait favoriser, dans tous les cas, une présence importante de visiteurs à Abidjan.

Équipements et formation

Mais les retombées ne se calculent pas qu’en francs CFA et en nombre de touristes. L’organisation d’un événement international de l’ampleur de celui des Jeux de la Francophonie s’avère positif à plusieurs égards à long terme. « Pour chaque épreuve, les acteurs nationaux vont bénéficier de formations spécifiques et d’équipements appropriés. Les compétences acquises seront réinvesties dans leurs activités futures », affirme-t-on du côté de l’organisation de l’événement. À titre d’exemple, la Radio télédiffusion ivoirienne (RTI) bénéficiera d’équipements supplémentaires et de formations techniques. Sur le plan des infrastructures également, le Stade Félix Houphouët-Boigny, dans le quar- tier d’affaires du Plateau, et les dix autres infrastructures rénovées ne le seront pas pour un usage unique. Ici, le gouvernement pourra alors se targuer de faire d’une pierre deux coups, puisque ces infrastructures sportives serviront également pour l’accueil de la Coupe d’Afrique des Nations en 2021, dont le budget se comptera en centaines de milliards de francs CFA, avec la construction d’un nouveau stade à Anyama.

Retombées politiques

La dernière retombée a des airs de défis, puisqu’elle est politique. Les jeux de la francophonie représentent le plus grand événement sportif et culturel international accueilli par la Côte d’Ivoire depuis la fin de la crise. Porté par une croissance économique moyenne de 9%, le pays devra démontrer, non-seulement son rôle de puissance économique régionale émergente, mais aussi qu’il est stable politiquement et que la sécurité y règne. Les importantes tensions provoquées par la réquisition des résidences universitaires de Cocody ont mis en évi- dence le manque d’intérêt que de nom- breux étudiants accordent à l’événement. Au point de refuser de céder, momentanément, leurs chambres aux athlètes et autres participants attendus. « Pour organiser une compétition internationale […], il faut avoir le minimum, c’est-àdire des infrastructures pouvant accueillir des athlètes : une cité-dortoir et des aires de jeux. Pourquoi aller violenter des étudiants dans leur campus ? », S’insurgeait Germain N’Guessan sur les réseaux sociaux. Cela dit, pour tenir compte des problèmes posés par les étudiants, le gouvernement a prévu d’accueillir les étudiants résidant sur les campus de l’université Félix Houphouët-Boigny à la cité château d’eau, ou cité rouge, à la cité Mermoz, et à la cité de la Riviera 2, toutes localisées dans la commune de Cocody. Si le chiffre de 500 millions de téléspectateurs annoncé par le CNJF pour suivre l’événement paraît exagéré, les 80 millions d’amateurs de sports qui ont suivi l’édition précédente devraient suffire pour placer la barre haute, en termes d’image à promouvoir à l’étranger. Reste à réussir le défi sécuritaire. Après l’attaque terroriste de Bassam en mars dernier, le gouvernement a pris des mesures en vue de faire passer le Plan d’action contre le terrorisme (PACT) au niveau rouge, un dis- positif qui sera renforcé à la faveur des Jeux de la Francophonie.

Noé MICHALON

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