Révision de la liste électorale : rendez-vous manqué

Malgré un dispositif mis en place dans 430 localités, l’opération de révision de la liste électorale suscite peu d’engouement.

Le 24 juillet, aura lieu la clôture de la révision de la liste électorale en vue des prochaines élections législatives prévues en décembre, du référendum sur la réforme constitutionnelle, et des élections municipales et régionales prévues en 2017. Cette opération, qui aura duré en tout un mois, enregistre une faible affluence. C’est la constatation que fait la Plateforme de la société civile pour l’observation des élections en Côte d’Ivoire (POECI), de même que la plupart des partis politiques, dont la mobilisation reste timide sur le terrain. Au point de soulever des interrogations sur le climat qui prévaudra au cours des prochains scrutins, et de s’interroger sur l’intérêt que les populations y portent.

Pas grand monde devant les guichets d’enrôlement ouverts par la CEI (Commission électorale indé- pendante) dans le cadre de la révision de la liste électorale ouverte depuis le 24 juin dernier. C’est la constatation rendue publique, le 5 juillet dernier, par la Plateforme pour l’observation des élections en Côte d’Ivoire (POECI) qui, comme en 2015, s’est appuyée sur les Technologies de l’information et de la communication (TIC) pour observer l’opération de révision de la liste électorale. Ainsi donc, en dépit des spots diffusés sur les ondes de Radio Côte d’Ivoire, des radios commerciales, de proximité et confessionnelles, ainsi que des bandes déroulantes sur la RTI et les actions de sensibilisation sur le terrain, pour l’heure, l’engouement est faible dans les 1 037 guichets répartis dans environ 430 localités sur toute l’étendue du territoire national. Bien qu’aucun objectif chiffré n’ait été fixé pour cette opération de révision, ce sont environ 2 705 100 Ivoiriens âgés de 18 ans et plus, sur la base du dernier recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2014), qui sont concernés. Il s’agit des nouveaux majeurs, des non inscrits, de ceux qui désirent changer de lieu de vote, ou de ceux qui veulent mettre à jour leurs données personnelles.

Dysfonctionnements

Si l’on en croit la POECI, qui a analysé 393 premiers rapports remontés par les coordonnateurs départementaux, un certain nombre de dysfonctionnement ont été relevés. « Des représentants des partis politiques n’étaient présents que dans 7% des centres observés et ouverts », fait remarquer cette ONG. Qui note aussi qu’au cours de la première semaine d’observation, 36 incidents critiques ont été enregistrés. Des centres n’ont pas ouverts en raison de jour de repos des agents de la CEI. Autres difficultés, les cas de non ouverture pour cause de troubles, comme dans la commune d’Attécoubé à Abidjan, mais aussi des centres délocalisés qui, pour diverses raisons, ont été ouverts dans d’autres lieux que ceux prévus. Au vu de ces différents dysfonctionnements, cette opération de révision, la seconde du genre après celle qui, il y a un an, a précédé la présidentielle d’octobre 2015, est pour le moment loin d’atteindre ses objectifs. À savoir, enrichir et densifier d’avantage la liste électorale, augmenter sensiblement le ratio population électorale/population nationale en âge de voter, soit 70 % du corps électoral. Sans compter le risque de ne pas voir ce fichier apuré des personnes décédées qui y figurent encore, environ 500 000 selon les projections du gouvernement. Par ailleurs, ce n’est que le 12 juillet, soit près de 3 semaines après le démarrage de l’opération, que le gouvernement a lancé les audiences foraines dans les 36 juridictions du pays, en vue de soutenir la révision de la liste électorale. Selon des responsables du ministère de la Justice, en charge de ces opérations, « il est prévu la tenue de quelques 400 audiences sur l’ensemble du territoire, jusqu’au 24 juillet, pour la délivrance de documents à des ayants-droits ».

Fiabilité du fichier
Mais le principal enjeu de cette opération de révision reste la fiabilité du fichier pour des élections libres, transparentes et apaisées. Surtout que le Front Populaire Ivoirien (FPI), toutes tendances confondues, est revenu sur sa décision de boycotter les différentes élections électorales, quand bien même leurs propositions de découpage et de mode du scrutin n’ont pas encore recueilli d’assentiment. Il s’agira donc de rassurer les partis politiques qui vont se lancer dans la bataille. L’on se souvient qu’en octobre 2015, Charles Konan-Banny, ancien Premier ministre, avait retiré sa candidature à seulement trois jours du scrutin. Motif invoqué, la liste électorale définitive était « remplie et infectée de doublons », c’est-à-dire de personnes pouvant voter deux fois, avait-il alors expliqué. Cela dit, il n’avait pu prouver que « 794 doubles inscriptions », sur un total de six millions d’électeurs.

Engagement timide des partis
Reste encore deux semaines pour la clôture de cette opération. Mais, selon toute vraisemblance, pas grand-chose ne changera d’ici là. Du moins, à en croire Amadou Soumahoro, président du directoire du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), coalition politique au pouvoir. À la faveur d’une conférence animée le jeudi 7 juillet, il a reconnu le manque d’engagement des partis dans ce processus. Mais, s’empressera d’ajouter que, dans les jours à venir, des délégations du RHDP seront envoyées sur le terrain pour mobiliser les populations et les militants. « Il faut arriver à intéresser les jeunes nouveaux majeurs et faire en sorte que ceux-ci se décident. Personnellement, je ne m’attends pas à une ruée vers les bureaux de révision de la liste électorale. Mais nous allons convaincre et cela est notre devoir ». Le président du directoire du RHDP a toutefois tenu à relativiser les choses. « En 2010, lors de la préparation de l’élection présidentielle, tous les partis s’étaient mobilisés pour faire inscrire massivement leurs militants sur la liste électorale. Mais en 2015, nous n’avons eu que 300 000 nouveaux inscrits. Nous expliquons cela d’abord par le fait que le vote n’est pas obligatoire dans notre pays et donc personne n’est obligé d’aller s’inscrire sur le fichier électoral …» Par ailleurs, fait-il remarquer, pour se faire établir une Carte nationale d’identité (CNI), les Ivoiriens ont l’habitude de se rendre directement dans une administration.

Benoit TANOH

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