Sécurité : sur le qui-vive

L’armée ivoirienne reste toujours en alerte pour pallier à toute velléité d’attaque.

À la tribune de l’ONU, le 22 septembre dernier, le Président Alassane Ouattara annonçait l’envoi de troupes militaires en appui à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Après les 130 hommes d’une compagnie de transport en 2014-2015, ce sont 150 autres qui rejoindront le Mali, au sein d’une compagnie de protection. Dans le même temps, l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) prépare son départ qui doit intervenir à la fin juin 2017, après 12 années de présence continue sur le sol ivoirien. Ce retrait, marquant la fin de la crise qui a secoué le pays pendant plus d’une décennie, tout comme la réorganisation des FRCI et la participation à des missions de maintien de la paix, amène à s’interroger sur l’état du dispositif sécuritaire ivoirien.

L’armée ivoirienne est habituée à l’effort de stabilisation. Par le passé, elle était présente au Congo, en Haïti et aujourd’hui en Centrafrique, respectivement à travers la MONUSCO, la MINUSTAH et la MINUSCA. À contrario, durant la décennie de crise, c’est plutôt la Côte d’Ivoire qui a accueilli de nombreux contingents de soldats de maintien de paix, jusqu’à ce qu’intervienne une nette amélioration de la situation. C’est pourquoi des soldats ont été déployés au Mali en 2014 dans une compagnie de transport. Après ce premier test réussi, les autorités ivoiriennes ont décidé d’envoyer une compagnie de protection au sein de la MINUSMA, qui est à ce jour l’une des missions onusiennes les plus meurtrières. Elle enregistrait ce lundi 3 octobre le décès de deux nouveaux casques bleus dans la région de Kidal (nord-est), portant le bilan à près de 100 morts depuis 2013. L’annonce du Président Ouattara intervient dans un contexte où le Conseil de sécurité a levé, en avril 2016, le régime des sanctions qui pesaient sur la Côte d’Ivoire depuis 2004. Pour le chef de l’État, il s’agit de mettre au service des autres « son expérience réussie du maintien de la paix et de la collaboration au sein des Nations unies». Une collaboration qu’il qualifie de « success story », avec le retrait de l’Opération des nations unies en Côte d’Ivoire annoncé pour 2017. Pourtant, la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri de soubresauts. L’attaque terroriste perpétrée sur la plage de GrandBassam en mars 2016 a montré sa vulnérabilité, et l’a donc obligée à revoir son dispositif sécuritaire et de lutte anti-terroriste.

Arsenal juridique

En février 2016, alors que la menace se faisait sentir, la Côte d’Ivoire adoptait un projet de loi afin de renforcer son arsenal juridique en matière de lutte contre le terrorisme. En outre, l’État entendait se conformer aux recommandations faites au plan international en matière de répression des actes terroristes. Une façon d’incriminer certains agissements, tels que l’apologie ou encore le recrutement de personnes destinées à poser des actes terroristes. Les peines prévues vont ainsi de dix ans à vingt ans d’emprisonnement, assorties d’amendes de 5 à 50 millions de francs CFA. Un dispositif qui n’a pas empêché l’attaque du 13 mars 2016.

Sécurité renforcée

La nouvelle donne créée par cet événement malheureux comprend désormais la fouille systématique de tous véhicules et sacs à main à l’entrée des grandes surfaces et des hôtels. Certains ont même dû s’adapter en changeant le dispositif d’accès des véhicules à leurs sites. Des contraintes auxquelles les Ivoiriens commencent à s’habituer, même si certains se sont parfois montrés récalcitrants. « C’est gênant pour une femme d’ouvrir son sac à main devant des inconnus, même pour des contrôles sécuritaires », nous a confié Aliman Sidibé, rencontrée dans l’un des supermarchés de Cocody. Toutefois, Emile Gnahoré, vigile devant l’un de ces supermarchés, confirme que plusieurs mois plus tard, et après de longues explications, que les habitudes ont changé. L’un des ses collègues en poste devant l’hôtel Ivoire se souvient qu’un diplomate avait refusé de soumettre son véhicule à tout contrôle. « L’incident avait alors duré plus d’un quart d’heure, avant que ce dernier ne quitte les lieux, refusant de se laisser contrôler sous prétexte qu’il est diplomate », rapporte cet agent. En dehors de ces lieux, les espaces de grands rassemblements, tels que les stades et les salles de spectacle, comme le Palais de la culture, font l’objet de fouilles à l’entrée. Mais au bord des plages, afin de ne pas effrayer les populations, il a été décidé de mettre en place un dispositif discret, croit savoir D.I, un gendarme en service au Centre de coordination des opérations de sécurité (CCDO). Selon lui, après Abidjan, Yamoussoukro, Bouaké et San Pedro, cette unité de lutte contre le grand banditisme et le terrorisme sera déployée avant la fin 2016 à Korhogo (nord), Abengourou (est) et Duekoué (ouest). « Ce déploiement n’est pas fortuit. Ce sont des villes stratégiques qui sont souvent la cible d’attaques par des bandes armées », explique-t-il.

Fragilité

Face au terrorisme, aucune armée du monde ne peut prétendre être aguerrie. La tendance étant plutôt à renforcer les renseignements en amont et agir pour limiter les dégâts en cas d’attaques. Mais en dehors du terrorisme, la Côte d’Ivoire fait toujours face à d’autres menaces. L’armée, restée longtemps divisée, enregistre encore des déserteurs depuis la fin officielle de la crise en 2011. Elle garde encore en mémoire les violentes attaques au cours de l’année 2012 qui ont causé des morts dans les rangs et accentué le climat de méfiance. En alerte lors des élections d’octobre 2015, cette armée l’est encore à la veille du référendum sur la nouvelle constitution, le pouvoir craignant que certains ne cherchent à déstabiliser l’État à travers des agitations politico-sociales. Le déploiement de l’armée à Bouaké en juillet dernier, lors des émeutes liées au mécontentement des populations face à l’augmentation du coût de l’électricité constaté sur les factures, en est un exemple palpable. Pour l’heure, de gros efforts restent encore à faire au sein de cette armée où cohabitent ex-rebelles et ex-miliciens. Même si l’indice sécuritaire s’est amélioré, il est passé de 1,6 à 1,1 entre janvier et décembre 2015, le pays reste confronté au grand banditisme avec une présence des coupeurs de route sur plusieurs axes importants. Autre danger, l’avènement des enfants en conflit avec la loi et baptisés « microbes », contre qui une opération nommée « Épervier » a été lancée et a donné quelques résultats.

Ouakaltio OUATTARA

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Par Ouakaltio OUATTARA

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