Nouvelles cartes nationales d’identité : Faut-il s’inquiéter ?

C’est le sujet au centre de toutes les préoccupations en ce moment. Les cartes nationales d’identité (CNI) arrivent à expiration cette année à partir du mois de juin. Mais que d’inquiétudes. Quelles garanties ont les Ivoiriens de pouvoir renouveler leurs CNI avant la date de péremption ? Les nouveaux majeurs pourront-ils voter pour la plupart en 2020 ? Des questions légitimes, d’autant plus que plusieurs requérants attendent depuis des années d’obtenir le « précieux sésame » au cœur de la crise de 2002 à 2010. Au centre de ces interrogations se trouve également le nouvel opérateur choisi pour confectionner les documents : SEMLEX.

Établies pour la plupart en 2009, en prélude à la présidentielle de 2010, les cartes nationales d’identité (CNI) seront dans leur quasi-totalité obsolètes en octobre prochain. Avec d’un côté l’élection présidentielle de 2020, qui approche à grands pas, et de l’autre la crainte de se retrouver en irrégularité administrative, les Ivoiriens s’interrogent sur la confection « incertaine » des nouvelles CNI. C’est dans cette atmosphère que le gouvernement a annoncé le 10 avril dernier, en Conseil des ministres, le début de la production des cartes nationales d’identité pour le mois de juin. Avant d’officialiser par la suite la signature d’un partenariat avec une structure belge, représentée sur place, SEMLEX Côte d’Ivoire. SEMLEX, en collaboration avec l’Office national d’identification (ONI), va produire 12 millions de CNI dans les deux premières années de contrat. « Cette année, c'est d'ailleurs l'objet de cette convention, pour opérationnaliser le travail de SEMLEX sur le terrain (…) Cette entreprise sera en responsabilité de produire les différentes cartes d'identité, en commençant bien sûr par ceux dont les cartes arrivent à expiration en juin », assure Sidi Touré, le porte-parole du gouvernement. Selon les estimations établies par le gouvernement fin 2018, la confection des cartes d’identités biométriques à puce au format requis par les critères en vigueur au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) devrait coûter 460 milliards de francs CFA.

Délais de production Mais, même si la production était lancée, en combien de temps satisferait-elle les millions de demandeurs ? Quel type d’organisation faudra-t-il mettre en place pour distribuer sur toute l’étendue du territoire national lesdites cartes ? Le processus d’identification peut-il se faire sans complications ? Autant de questions qui font craindre des cafouillages dans le secteur, quand on connait les problèmes actuels rencontrés par l’ONI. Et même si Sidi Touré affirme : « je pense qu'avant la fin de l'année 2019, beaucoup de cartes seront éditées », cela ne suffit pas à rassurer les Ivoiriens. Les difficultés rencontrées par les pétitionnaires pour acquérir le droit matériel de l’identité sont légion : cartes empilées, longues attentes, retards dans la délivrance, complications administratives, coûts élevés des frais de documents à produire, etc. Beaucoup parmi les demandeurs sont dans l’attente de leurs cartes CNI depuis des mois. L’ONI justifie cela par des cas de doublons. « Parmi les personnes qui se plaignent souvent, nombreuses sont celles qui sont dans des cas de doublons ; c’est-à-dire des personnes qui se sont faites enrôler en 2008 et 2009. Mais, comme elles sont en difficulté avec leur identité, elles n’ont pu retirer leurs cartes. Certaines se sont faites enrôler à nouveau sous une autre identité, ou en changeant d’information sur leur identité », note un agent de l’ONI, au Plateau. Mais les usagers ne sont pas de cet avis. Le constat est que plusieurs requérants dénoncent un blocage dans la production, avec notamment des rendez-vous sans cesse reportés pour les retraits. Quoi qu’il en soit, ces couacs laissent présager d’autres incidences avec SEMLEX. « J’ai des inquiétudes, en réalité. Le temps qui nous reste avant 2020 ne pourra pas suffire, à mon avis, pour qu’effectivement tous les Ivoiriens aient leur pièces d’identité. Il faut que, dès maintenant, les communications soient faites pour sensibiliser les populations. Il faut que les populations sachent déjà les documents qu’il faut pour se faire établir ces nouvelles cartes. Parce qu’on ne doit pas attendre le dernier moment pour demander aux gens d’aller chercher telle ou telle pièce. Parce que tout cela va coûter quelque chose aux populations », signaleSindou Bamba, Coordonnateur général du Regroupement des acteurs ivoiriens des droits humains (RAIDH).

Inquiétudes Plus inquiétantes pour la société civile et les usagers, les décisions de dernière minute. « Depuis plusieurs années, nous savons quand exactement les cartes nationales d’identité seront expirées. Et, malgré cela, pourquoi a-t-on attendu jusqu’au dernier moment pour commencer à annoncer la production des cartes nationales d’identité pour juin ? », s’interroge Marius Comoé, Président de la Fédération des associations de consommateurs actifs de Côte d’Ivoire (FACA-CI). Qui ajoute : « nous connaissons tous les problèmes des décisions de dernière minute. Ce sont les engorgements et le cafouillage, tout comme nous l’avons vu avec la production des passeports biométriques. Déjà, ceux qui ont fait la demande de leurs CNI depuis des mois ne l’ont pas encore reçue. À ceux-là viendront s’ajouter tous les Ivoiriens dont les cartes d’identité vont expirer. On nous dit que la production des cartes débutera en juin, mais au cours de ce même mois de juin, il y a des cartes qui expirent. Nous savons tous la difficulté aujourd’hui de circuler sans carte d’identité, ou même de faire des opérations bancaires sans ce document. Ensuite, des rumeurs font état d’un montant de 5 000 francs CFA à payer alors que la production peut être gratuite. Vous comprenez les inquiétudes des uns et des autres ? ». Les lenteurs et les lourdeurs administratives vont-elles plomber l’opération ? Ce n’est pas du tout l’avis du gouvernement, qui a adopté un décret portant approbation du contrat de partenariat relatif à la conception, au financement, à la mise en place, à l’exploitation, au maintien en condition, à la mise à niveau et au Gros entretien renouvellement (GER) du Registre national des personnes physiques (RNPP), conclu le 8 avril 2019 avec la société SEMLEX Côte d’Ivoire. À en croire le ministre de la Communication et des médias, Sidi Tiémoko Touré, le processus de mise en place des solutions qui composent le RNPP s’étalera sur 2 ans, avec une priorité pour la solution devant permettre la production de nouvelles cartes nationales d’Identité. « Le système est dimensionné pour produire au moins 36 millions de cartes pendant la durée du contrat, dont 12 millions pendant les 2 premières années, afin de satisfaire les besoins de renouvellement des CNI venant à expiration à compter de juin 2019 », souligne le porte-parole du gouvernement. Produire 36 millions de cartes nationales d’identité à long terme, c’est fort possible, reconnaissent les acteurs. En produire 12 millions pendant les deux premières années, c’est également faisable, selon eux. Là où on s’inquiète, par contre, c’est pour les premiers mois qui vont suivre l’expiration de la plupart des cartes. Soit à partir du mois de juin. Tout porte à croire, selon Sindou Bamba, qu’il règnera une sorte de vide, de flou. Beaucoup de ceux dont les documents expireront seront dans l’irrégularité pendant un certain temps. Pourront-ils réaliser leurs opérations bancaires ? Arriveront-ils à se déplacer sur l’étendue du territoire national ? Pour un proche du ministre de la Communication et des médias, on se fait du mouron pour rien à ce sujet. Car le chef de l’État, dit-il, pourra à tout moment prendre un décret pour proroger la date d’expiration des CNI, s’il le faut. On n’en est pas encore là. Mais ce serait, selon certains usagers, « un désastre » que d’en arriver là, quand on sait que la crise ivoirienne, encore latente, tire ses origines de l’épineuse problématique de l’obtention de documents administratifs, notamment la carte d’identité. Et, par ailleurs, le Directeur général de l’ONI,  Diakalidia Konaté, a déjà rassuré les Ivoiriens sur la célérité de la nouvelle opération. « Toutes les données des Ivoiriens figurent dans la base de données. En 2019, nous procéderons simplement à la mise à jour de votre portrait, la photo. Si vous avez des informations qui ont évolué, (mariage, changement de résidence), la base de données prendra cela en compte ».

Raphaël TANOH

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