Grogne sociale : ambiance électrique

Des manifestations violentes à Yamoussoukro, Daloa, Korhogo, puis Bouaké ont débouché sur de nombreux pillages.

Après les pillages et saccages des biens administratifs et privés à l’université de Cocody, les manifestations contre la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) ont vite pris pour cibles des agences de Yamoussoukro et Daloa. À cela, se sont ajoutées la colère contre les contrôles intempestifs de la police pour non port de casques à Korhogo, et une mise à sac des symboles de l’État à Bouaké : bureaux de la préfecture de région, du Conseil régional, de la préfecture de police, etc. La liste est longue. Depuis la fin de la crise post-électorale, jamais fronde sociale n’avait connu un tel débordement, en seulement une semaine. L’enchaînement de ces évènements semble cacher une colère longtemps ruminée par une frange de la population s’estimant en marge de la marche vers l’émergence.

Jamais l’administration Ouattara, en plus de cinq ans de gestion, n’avait fait face à une telle flambée de vio- lence venant de populations civiles. Une montée de colère qui en dit long sur la souffrance de certaines populations. Si la décision d’augmenter le prix du kW-h en avril 2015 avait été mal accueillie, aucune voix, n’avait levé le ton pour s’y opposer. Mais l’heure de l’application sera explosive. Les derniers mouvements de protestation contre la CIE ont, selon certains, montré combien certains individus profitent des mouvements de protestation pour porter atteinte à la propriété privée et aux biens publics, appelant l’État à la fermeté.

Une bombe retardée
Depuis le premier trimestre 2016, des événements, en plusieurs endroits du pays, avaient alerté sur la tension sociale latente. Courant mars, des affrontements ont éclaté entre des populations à Bouna (Nord-Est) faisant plusieurs morts. À la base, des affrontements éleveurs-agriculteurs sur fond de conflits entre Koulango, propriétaires terriens et Lobis, cultivateurs. Un mois après, des populations se sont soulevées contre la gendarmerie à Vavoua pour, disaient-elles, réclamer la tête d’un bandit de grand chemin arrêté. À Jacqueville, le même mois, on notait un conflit entre pêcheurs. Depuis, la grogne contre l’augmentation du coût de la vie s’est fait de plus en entendre. Les plaintes se sont intensifiées face à la pénurie de l’attiéké et de la banane. Durant cette même période, des voix se sont élevées contre de nouvelles taxes douanières à l’aéroport international Félix HouphouëtBoigny. Face à ce malaise perceptible, le président Alassane Ouattara a décidé de désamorcer la bombe. La fête du travail, le 1er mai, fut le moment idéal. Il annonça dans son discours des mesures contre la vie chère, la réduction des tarifs du transport et la suspension de la hausse des tarifs de la CIE. Discours attendu, discours salué. La bombe sociale fut certes désamorcée, mais pas détruite.

Des factures qui réactivent la tension
Au mois de juin, alors que les usagers s’inquiètaient du retard dans l’émission de leur facture, la CIE en délivra deux coup sur coup. La première, celle couvrant la consommation de la période d’avril et mai, dont la délivrance a été retardée par le discours du président de la République. Puis la deuxième, celle de juin et juillet. En lieu et place d’une baisse constatée chez les consommateurs dits « sociaux » (40 % des abonnés), les factures des autres usagers ont connu une hausse. Parfois vertigineuse, avec une augmentation de 3% du coût du kW-h (de 66,63 à 66,96 francs CFA). Il n’en fallait pas plus pour enclencher un processus explosif.

Malgré de gros investissements dans les secteurs de l’éducation, de la santé, et surtout des infrastructures, et avec une croissance avoisinant les deux chiffres (9%), certaines populations attendent encore. Pour elles, les fruits de la croissance ne se font pas encore sentir, ni dans leurs poches ni dans leurs assiettes. C’est ce qu’avancent l’opposition et certaines popu- lations pour justifier les récents désordres. Se disant lasses d’attendre les retombées de la croissance, elles n’hésitaient pas à lancer ces boutades caractéristiques de l’humour bivoirien : « On ne mange pas goudron ! », ou encore « l’argent ne circule pas ! ». Réponse du président Ouattara : « L’argent travaille ». À ces frustrations, il convient d’ajouter la corruption, qui a encore la peau dure, sans oublier la nonsatisfaction de certains ex-combattants, le taux de chômage toujours élevé, les agressions des enfants en conflit avec la loi, baptisés « microbes », les coupeurs de route encore présents dans certaines régions, l’augmentation et l’avancement de certains fonctionnaires qui piétine, ou encore les an- GROGNE SOCIALE : AMBIANCE ÉLECT RIQUE nées blanches à la faculté de pharmacie. Le mécontentement règne aussi chez certains opérateurs économiques, qui subiraient « une surestimation des marchandises par la douane », selon Abou Koné, qui travaille dans l’import-export. Selon lui, « les procédures de dédoua- nement sont devenues compliquées et, le comble, les fournisseurs de l’État croulent sous le poids des dettes », se plaint-il. Et même au sein de la majorité, « les militants sont frustrés à cause de la méchanceté des cadres, qui une fois au pouvoir, nous ont abandonnés » grogne, pour sa part, Ibrahim Sanogo, militant du Rassemblement des républicains, (RDR), parti au pouvoir.

Retour au calme
On a frôlé le pire à Bouaké, mais cela est-il derrière nous ? Difficile de répondre à cette question, même si le calme est revenu avec l’inter- vention des militaires. Si une partie de la population coopère avec les forces de l’ordre, afin de retrouver les objets volés, et contribue à l’arrestation de plusieurs pilleurs, le feu couve toujours. À Bouaké, les symboles de l’État ont été attaqués avec la complicité et l’activisme de certains excombattants, selon les premiers éléments de l’enquête. Des témoins joints au téléphone sur place à Bouaké ont affirmé que les pilleurs avaient en tête de réaliser l’exploit de devenir riche, comme les ex-chefs rebelles après le casse de la BCEAO en 2004. Ces derniers démobilisés, estiment n’avoir pas été récompensés à la juste valeur de leur combat et en veulent visiblement se venger de leurs ex-leaders, devenus les nouveaux « gourous d’Abidjan »

Ouakaltio OUATTARA

 

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Par Ouakaltio OUATTARA

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