Anzoumana Moutayé : « Déstabiliser le MFA, c’est déstabiliser le RHDP »

Anzoumana Moutayé, président du MFA ne craint pas d’être évincé comme son prédécesseur Anaky Kobenan.

Deux ans après le départ mouvementé de son président fondateur, Innocent Anaky Kobenan, le Mouvement des forces d’avenir (MFA) est à nouveau secoué par une crise. Destitué par une dissidence, son Président, Anzoumane Moutayé, tout en rejetant cette décision, prône l’union et la redynamisation du parti.

Journal d’Abidjan : Monsieur le Président, comment va votre parti, le MFA ?

 

Anzoumana Moutayé : Le MFA se porte bien. Il y a quelques semaines, des membres du parti ont essayé de m’évincer. Ils ont convoqué une réunion du bureau politique de façon illégale. Nous avons fait annuler cette réunion, mais, malgré cela, ceux qui l’avaient convoquée ont tenu à la tenir. Ils se sont retrouvés dans un hôtel de la place et ont décidé de ma suspension. Nous sommes toujours à la barre et nous continuons de mener les activités du parti.

Cette dissidence annonce un congrès pour novembre prochain. N’est-ce pas là la crise de trop ?

Nous disons qu’il faut respecter les textes. Ces comportements créent plutôt de l’instabilité. Or le MFA n’en a pas besoin en ce moment. Nous avons reçu un constat d’huissier nous signifiant que nous avions été démis et nous avons aussitôt saisi la justice. Avant le verdict, ils ne peuvent pas organiser un congrès. Nous avons par ailleurs engagé une médiation, car notre rôle de Président est de rassembler tous les militants. J’ai donc confié la médiation au ministre Ibrahim Cissé Bacongo, puisque l’autre partie était également allée le voir. Nous avons déjà eu une première rencontre et nous espérons le retour de la paix dans notre maison.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d’avoir entrainé le parti dans une certaines léthargie ?

Le MFA revient de loin. Quand nous n’étions pas aux commandes, il n’y avait pas de comités de base. Depuis, notre arrivée, c’est chose faite. Implanter un parti ne se fait pas du jour au lendemain. Notre dernier atelier a fait des recommandations que nous mettons en œuvre. On ne peut pas dire que le parti est en léthargie. La léthargie dont ils parlent provient plutôt d’eux-mêmes. Au MFA, on a pris l’habitude de penser que c’est le Président qui doit organiser les activités. C’est dû au manque de culture politique de certains de nos cadres. Il n’appartient pas au Président de planifier les activités des délégations départementales, encore moins celles des structures spécialisées du parti. Ceux qui parlent de léthargie sont plutôt déboussolés par la nouvelle dynamique du parti. Nous comptons nous réunir le 30 septembre à Yamoussoukro pour lancer véritablement nos activités. Toutes les structures du parti seront présentes et recevront les feuilles de route pour les activités à mener.

Et quand on vous tient pour responsable de la perte de certains privilèges, tels que les postes ministériels et la représentation au Parlement ?

En tant que premier responsable, j’assume cela. Mais sachez que nous sommes allés au législatives pour le compte du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Donc ces défaites sont imputables au RHDP. Nous n’avions que trois candidats et nos chances de gagner étaient minces, comparativement aux autres partis de l’alliance, qui avaient présenté plus de candidats. C’est regrettable d’avoir perdu les élections, mais ce n’est pas la fin du monde.

Justement, parlant du RHDP, n’avez-vous pas le sentiment d’être marginalisés ?

Non. Nous ne sommes pas marginalisés. Nous participons pleinement, au même titre que chacun des autres partis. Nous sommes membres signataires de cette plateforme depuis 2005 et notre ambition est de faire en sorte qu’il y ait un candidat RHDP en 2020. Cela se fera avec le consentement de tous les partis.

Le RHDP sera-t-il un parti unifié ou restera-t-il uniquement une alliance électorale ?

Avant l’élection présidentielle de 2015, nous avons signé les statuts et les textes fondateurs du RHDP, ce qui nous a permis d’avoir un candidat unique. Ces statuts sont déposés au ministère de l’Intérieur. Il est question d’un parti unifié désormais. Nous allons jouer notre rôle dans le cadre des discussions qui auront lieu bientôt. Un comité scientifique sera mis sur pied en novembre et ses travaux devront nous conduire à un parti unifié.

Avez-vous des nouvelles de l’ancien Président Innocent Anaky Kobenan ?

Il se porte bien.

Ne craignez-vous pas de subir le même sort que lui ?

Anaky Kobenan a perdu le poste de Président du parti, mais il reste un militant et nous lui reconnaissons le statut de Président fondateur. Il  a voulu nous sortir du RHDP à un an des élections. Il a convoqué un bureau politique qui l’a désavoué et c’est de là qu’est venu son malheur. Aujourd’hui, on assiste plutôt à des mouvements d’humeur de certaines personnes qui convoquent une réunion, planchent sur un ordre du jour et  prennent une décision pour laquelle ils n’ont pas compétence. Il y a donc du faux, tant dans le fond que dans la forme. Dans nos textes, pour sanctionner un militant, il faut l’entendre. Personne ne peut s’autoproclamer Président du conseil de discipline, s’autosaisir et rendre une décision. Il faut juste respecter le droit, sinon on ouvre la porte à l’instabilité et à la cacophonie. Déstabiliser notre parti, c’est aussi déstabiliser le RHDP. Et, si on ne trouve pas de solution au RHDP afin de ramener la paix au MFA, cela signifie que le RHDP, pour lequel les Ivoiriens mènent des combats pour la paix et la stabilité, est un géant aux pieds d’argile.

Ouakaltio OUATTARA

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