Inès Désirée Douati : « Certains détenus politiques sortent avec des troubles mentaux »

Inès Désirée Douati garde l’espoir d’une libération de tous les détenus de la crise.

Elle connaît presque le nom de tous les détenus proches du FPI et les différentes procédures judiciaires dans lesquelles ils sont impliqués. Désirée Douati, fille de l’ex ministre Alphonse Douati, ne rate plus aucun procès depuis bientôt 5 ans.

Comment fonctionne l’association des femmes et familles des détenus d’opinions de Côte d’Ivoire ( AFFDO-CI)?

Luttant pour des personnes incarnées pour leurs opinions nous ne pouvons naturellement pas avoir le fonctionnement d’une association à caractère culturelle pour ne citer que cet exemple. Nous sommes donc amenés à trouver des moyens et un mode de fonctionnement qui s’adapte au choix que nous avons operé. Quant aux moyens, nous ne disposons pas d’un siège pour nos réunions par exemple cela signifie que utilisons nos cadres familiaux respectifs pour des échanges mais en cas besoins nous utilisons le peu de moyens dont on peut disposer pour la location d’espaces. Sur le plan technique, nous avons opté pour des actions de communication au niveau national et international car le premier objectif de l’AFFDO-CI était démontrer qu’il y avait bel et bien des détenus politiques, contrairement à ce que le gouvernement affirmait. Au plan diplomatique nous sommes très ouverts. Nous rencontrons les ambassades, nous échangions avec toutes les personnes qui souhaitent échanger avec nous, nous sommes en contact avec les ONG ainsi que tous les partis politiques. Au plan social, l’AFFDO-CI apporte assistance aux familles des détenus, aux détenus eux même. Cependant nous accordons une forte attention aux enfants des détenus pour lesquels nous menons souvent des campagnes public qui nous sont vraiment porteuses parce qu’elles permettent de les scolariser. Sur le plan du plaidoyer nous sommes en contact avec les autorités judiciaires ivoiriennes. Malheureusement, il est très difficile pour nous de collaborer avec l’actuel ministre de la Justice qui nous demande de changer le nom de notre structure au motif qu’il n’aurait pas de détenus d’opinion en Côte d’Ivoire. Malgré tout nous gardons espoir que 2018 apportera plus de fluidité dans nos relations avec le Ministre de tutelle du système pénitentiaire de notre pays.

Arrivez-vous à contourner ce blocage ?

Après tout, c’est lui notre ministre, c’est quand même le ministre de l’État de Côte d’ivoire, nous avons besoins de sa collaboration là où nous avons de relations de travail avec le procureur.

Certaines de vos actions ont portée des fruits dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie des détenus ?

Nos actions ont porté des fruits en toute modestie je dirai même beaucoup de fruits. Parce que nous sommes partis de 800 détenus à l’époque à environ 300 détenus aujourd’hui. S’agissant des conditions de vie des détenus, nous notons que grâce à l’intervention de la division des droits de l’Homme des nations unies, Amnesty international, la LIDHO, L’OIDH les conditions sont passées de très mauvaise à normale. Je peux affirmer que ces résultats ne sont pas tous de notre faite car la diplomatie a beaucoup joué.

Comment vous organisez les visites sur les lieux, dans la mesure où ils ne sont pas tous à la MACA ?

Je précise que les détenus sont repartis officiellement à travers 13 prisons sur toute l’étendue du territoire. Pour visiter nos parents, nous avons droit à des tickets de visites appelés billet de communiqué. Chaque famille a ce privilège aujourd’hui d’échanger avec son parent tant que c’est dans une prison légale. Notre grand handicap concerne les personnes détenues dans les endroits secrets ou il n’y a aucune possibilité de communication. C’est le lieu pour nous de dénoncer les arrestations irrégulières, opérées en méconnaissance des procédures légales. A titre d’exemple, certaines personnes sont arrêtées sans convocation préalable, pris soit à leur domicile, lieux de travail ou même dans la rue. Pour l’AFFDO-CI cela s’apparente à un enlèvement car ces personnes sont souvent sans conseil juridique Alors, vous dites que vous êtes passés de 800 à 300 détenus

Est-ce que d’ici la fin 2018 le nombre pourrait baisser, et que d’autre pourrons être libérer ?

Il est bon de souligner que depuis 2016 aucune personne n’a bénéficié d’une mise en liberté provisoire. Les personnes libérées sont celles qui ont purgé leurs peines ou qui ont obtenu une relaxe lors de leur procès. Cela signifie que je me garde de faire des pronostics enthousiastes Cela dit, cette question m’emmène directement au chef de l’État. Il est la seule personne aujourd’hui qui puisse vraiment mettre fin à ces arrestations et à ces détentions abusives. En tant que père de la nation de 2011 à aujourd’hui, je lui serai gré de lever le pied sur ces détentions ce qui relève de son seul pouvoir.

Ouakaltio OUATTARA

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