Le dernier carré des supporters de la Ligue 1 ivoirienne

C’est un paradoxe : le championnat ivoirien de football semble avoir commencé son déclin à mesure que les internationaux s’expatriaient en Europe et faisaient briller la sélection, au milieu des années 2000. Stades vides, niveau de jeu décevant, manque de moyens, nombreux sont les griefs  que les supporters attribuent à cette compétition. Mais il en reste toujours pour se rendre aux stades chaque week-end, avec une régularité de métronome.

La file d’attente à l’entrée de la rencontre Yopougon FC-Asec Mimosas n’est pas bien longue au stade Robert Champroux, en cette fin de semaine. Mais il suffit de quelques centaines de supporters pour que l’enceinte retentisse de slogans et de chants. Prêts à s’égosiller au moindre corner, martelant les percussions avec vigueur, les derniers aficionados de la Ligue 1 n’ont pas rendu les armes. Loin s’en faut.

Marc Zivo Bi Boti se souvient de cette époque où il connaissait la liste intégrale des joueurs de son équipe. C’étaient les années 1980, et sa famille entière soutenait l’ASEC Mimosas, le club historique d’Abidjan. « Avec la crise, les jeunes ont arrêté d’aller au stade, le déplacement est devenu trop coûteux », se souvient ce quadragénaire, les yeux pétillant de passion. C’est cette passion aussi qui fait suer à grandes gouttes Bawa Traoré, chef d’animation de l’ASEC, aux tambours depuis 30 ans pour soutenir son équipe. « Je suis né ASEC, je vais mourir ASEC », déclare-t-il placidement à la mi-temps, la vuvuzela sous le bras.

La désertion des supporters a d’autres effets inattendus qui fidélisent ce dernier carré de supporters. Quand certains restent chez eux pour voir évoluer sur le petit écran les stars ivoiriennes en Europe, ceux qui se rendent encore dans les stades nouent une certaine intimité avec « leurs » joueurs. Ce jour-là, un petit groupe s’active même pour soutenir le seul Toh Eric Wassawaly, qui évolue au Yopougon FC. Une personnalisation étonnante du soutien : « Si Wassawaly marque un but, même si notre équipe perd, nous sommes contents », scande le petit fan club du buteur de l’Ouest abidjanais.

Enfin, certains viennent au stade pour s’instruire. « Je suis footballeur, et quelle que soit la situation, je viens. On est là pour apprendre », témoigne sans l’ombre d’un doute Maurice Kakou, également footballeur, scrutant les mains sur les hanches le déroulement de la partie. « La majorité des spectateurs sont des footballeurs. Les stars de la Ligue 1 ont toujours eu ce rôle de modèle, avance Mohammed Cissé, inconditionnel du FC Yopougon. On apprend en même temps qu’on les soutient », conclut-il en haussant la voix pour couvrir les puissants cris de ses voisins. Si les fans sont indéniablement moins nombreux qu’avant, il n’est pas avéré qu’ils sont moins bruyants.

Noé Michalon

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