Pendant longtemps, limage de Miss Cte dIvoire semblait enferme dans un protocole bien tabli : lgance irrprochable, sourire permanent, retenue de chaque instant. Une reprsentation qui faisait parfois natre un sentiment de distance avec une partie de la jeunesse. Llection de Louisette Cadic NGuessan, dans la nuit du 27 au 28 juin au Parc des Expositions dAbidjan, semble pourtant raconter une autre histoire.
À 26 ans, la représentante de San Pedro devient la 30ᵉ Miss Côte d’Ivoire. Mais au-delà de la couronne, son sacre révèle surtout une évolution des attentes d’une génération qui refuse désormais d’être enfermée dans une seule définition de la réussite.
Actrice, mannequin, diplômée en Business Management et influenceuse suivie par plus de trois millions d’abonnés sur TikTok, Cadic appartient pleinement à cette génération Z souvent réduite, à tort, à son goût pour les réseaux sociaux et le divertissement. Derrière les vidéos, les tendances et l’humour, son parcours raconte pourtant une tout autre réalité : celle d’une jeune femme qui poursuit obstinément un rêve.
Car rien ne lui a été offert. En 2021, elle remporte le titre de Miss Aboisso mais s’arrête au Top 12. Loin d’abandonner, elle représente ensuite la Côte d’Ivoire au concours Miss Supranational avant de revenir en 2026 avec la même ambition. Cinq ans après son premier échec, elle décroche enfin la couronne nationale.
Cette persévérance explique sans doute l’enthousiasme observé sur les réseaux sociaux. Les commentaires ne saluent pas uniquement sa beauté. Ils célèbrent une personnalité authentique, spontanée et proche des jeunes. « Enfin une Miss à l’image du pays », écrit un internaute. Un autre espère même qu’elle conservera « ce brin de folie » qui fait sa popularité.
Cette attente traduit une évolution du regard porté sur les concours de beauté. Les jeunes ne recherchent plus seulement une reine élégante ; ils veulent une ambassadrice capable d’assumer sa personnalité sans renoncer aux exigences de sa fonction. Cadic elle-même résume cette philosophie dans une phrase devenue virale : « Pas besoin d’en faire trop quand tu sais exactement qui tu es. »
Son parcours artistique participe également à cette proximité. Révélée au grand public dans la série Footeuses de troubles, où elle interprète le personnage d’Aïcha, elle a démontré qu’il était possible de conjuguer créativité, ambition et discipline.
Cette génération assume le divertissement, mais ne confond pas popularité et réussite. Elle utilise les réseaux sociaux comme un levier d’expression, tout en poursuivant des objectifs précis. Le parcours de Cadic en est une illustration : derrière chaque publication se cache un travail patient, une stratégie et une volonté de progresser.
Le Comité Miss Côte d’Ivoire accompagne lui aussi cette évolution. L’édition 2026 innove en permettant aux cinq finalistes de représenter le pays dans différents concours internationaux.
Reste désormais le défi du mandat. Les internautes qui apprécient aujourd’hui la spontanéité de Cadic savent aussi que les exigences liées au titre imposent davantage de réserve. Le pari consistera à préserver cette authenticité sans renoncer aux responsabilités qu’implique la couronne.
Au fond, le véritable symbole de cette élection dépasse le concours lui-même. Louisette Cadic N’Guessan rappelle que la génération Z peut aimer le divertissement sans manquer d’ambition, rire sans perdre de vue ses objectifs et échouer sans abandonner ses rêves.
Peut-être est-ce précisément cela qui explique l’enthousiasme suscité par son sacre. Plus qu’une nouvelle reine de beauté, beaucoup de jeunes Ivoiriens ont le sentiment d’avoir enfin trouvé une Miss qui leur ressemble.
Siondenin Yacouba Soro


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