GARES ROUTIERES : LE MARTEAU DE L’ANARCHIE ET L’ENCLUME DE L’INSECURITE

Les transporteurs dans l’attente d’une gare plus moderne.

Le développement du transport urbain en Côte d’Ivoire a engendré la prolifération de gares routières dans les grandes villes et à Abidjan. La floraison de ces quais d’embarquement et leur intrusion dans les espaces qu’ils côtoient en disent long sur l’anarchie qui règne dans ce secteur.

Aucun espace public ne leur échappe. De la chaussée aux trottoirs, en passant par les embranchements, l’invasion par les transporteurs d’endroits, qu’ils ont fini par coloniser s’est faite à une vitesse impressionnante, sous le regard coupable ou complice de l’autorité publique, qui semble résignée face à une situation qui lui échappe. Abidjan grandit à vue d’oeil et les infrastructures ne suivent pas toujours le rythme démographique. En 2013, la construction d’une gare routière internationale avait été annoncée par le gouvernement, pour, à terme, moderniser le système routier en Côte d’Ivoire et combattre l’anarchie à Adjamé, l’une des communes les plus touchées par ce phénomène. 4 ans plus tard, le projet tarde à prendre forme, donnant ainsi des arguments supplémentaires aux promoteurs des gares périphériques. L’omerta qui règne dans le secteur empêche les langues de se délier. Sous le couvert de l’anonymat, le chef de l’un des syndicats qui pullulent dans ces gares nous explique que leur nombre croissant à Abidjan n’a qu’un seul but : répondre aux besoins des habitants, de plus en plus nombreux. « Nous rendons service aux Ivoiriens, malgré tout ce qu’on peut nous reprocher. C’est cela le plus important ».Il affirme qu’ils ne sont en rien des hors la loi et que s’ils occupaient illégalement les espaces publics les autorités administratives ou policières les en auraient fait partir. Les usagers quant à eux font contre mauvaise fortune bon coeur. Même s’ils ne se sentent pas en sécurité dans ces gares, qui sont souvent des nids de bandits, ils apprécient de pouvoir trouver des véhicules un peu partout pour se déplacer. « Avant, pour aller à la Riviera, je devais me rendre jusqu’à Renault Adjamé pour trouver un gbaka. Aujourd’hui, il y a une gare tout près de chez moi. Cela me facilite vraiment la vie » confie un habitant de la Cité Fairmont à Attécoubé, conscient toute fois des dangers encourus tant dans ces gares que lors du trajet.

Malick SANGARÉ

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