Médicaments de la rue : Un combat de Sisyphe

Maintes fois chassés, les commerçants du marché Roxy donnent du fil à retordre au ministère de la santé.

Le chassé-croisé entre le ministère de la Santé et les occupantes du marché de Roxy se poursuit. Maintes fois déguerpies, les commerçantes opposent une résistance farouche à l’autorité, qui semble pourtant déterminée à en finir définitivement avec les médicaments vendus dans les rues.

Le ministère de la Santé a repris sa croisade en allant une nouvelle fois tenter d’assainir le célèbre marché Roxy, au cœur de la commune marchande d’Adjamé. Ce haut lieu de la vente de médicaments de contrebande n’en est pas à son premier assaut des forces de l’ordre. Au mois de mai dernier, la descente musclée de près de 700 policiers, gendarmes et militaires avait abouti à la saisie d’environ 40 tonnes de médicaments frauduleux et à la destruction de nombreux étals de « pharmaciens de rue ». Une victoire de courte durée pour la ministre Raymonde Goudou Koffi, obligée quelques mois après de redescendre dans l’arène pour une énième opération de déguerpissement.
Les difficultés d’assainissement du secteur sont de plusieurs ordres. La longévité des commerçantes en ce lieu a fini par donner un caractère légal à une activité pourtant proscrite, comme en témoigne Haroune Issouf, vendeur de produits alimentaires depuis près de 25 ans sur ce marché. Il a fini par croire que ses « voisines exerçaient ce métier en toute légalité, car elles étaient tolérées par les autorités ». Avec le temps, leur nombre s’est accru. Elles sont aujourd’hui pas moins de 8 000 à travailler dans ce secteur, selon le ministère de la Santé, et l’absence de mesures d’accompagnement les pousse à toujours recoloniser cet espace. « Que le gouvernement nous trouve un autre travail s’il veut qu’on arrête de vendre nos médicaments », crient-elles en chœur dans ce marché insalubre, visiblement inadapté au commerce de produits médicinaux.
Le marché de Roxy est le plus grand bazar de médicaments de la rue d’Afrique de l’Ouest, selon le Dr Parfait Kouassi, ancien Président de l’Ordre des pharmaciens. 30% des médicaments vendus en Côte d’Ivoire transitent par ce lieu, qui fait perdre au circuit légal entre 40 et 50 milliards de francs CFA chaque année. La ministre de la santé n’en démord pas : « le marché de Roxy ne va bientôt plus exister ». En attendant la mise en œuvre du plan du ministère qui viendra définitivement à bout de ce phénomène, des cartons de comprimés en tous genres continuent d’affluer sur les lieux, tandis que les commerçantes, téméraires, jouent à cache-cache avec les forces de l’ordre qui font la ronde dans le secteur.
Malick Sangaré

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