Salif Tenena Coulibaly : La filière cajou connait une débâcle

Salif Tenena Coulibaly dirige une fédération qui compte aujourd’hui près de 400 000 producteurs. Dans cette interview, le Directeur général des producteurs d’anacarde ivoiriens dénonce les taxes qui selon lui plombent le secteur.

Comment se porte la filière anacarde aujourd’hui ?

Je peux dire sans ambages qu’en 2015 la filière se portait bien. En 2016, nous avons connu une saison un peu mitigée et en 2017, c’était bon. Mais cette année c’est la débâcle. La production est l’une des meilleures que la Côte d’ Ivoire ait jamais connues, avec près de 900 000 tonnes. Mais nous avons du mal à écouler nos produits, pour la simple raison que l’État, à travers le Conseil du coton et de l’anacarde (CCA), fait de nombreuses impositions, des prélèvements, surtout au niveau de la douane et au niveau des impôts. Le droit unique de sortie (DUS) est passé de 10 francs CFA à  89,25 francs CFA le kilo de noix de cajou. Pour le prix au kilogramme, l’État avait imposé 500 francs CFA bord champ. Les producteurs ont proposé 200 francs CFA, mais malgré cela personne ne veut acheter nos produits à cause de ces taxes. Les premiers acheteurs ont tout de suite des difficultés, parce qu’une chose est d’acheter et une autre est d’exporter ce qu’on achète. La conséquence est que les gens n’ont pas pu acheter normalement nos produits. Aujourd’hui, les paysans ont au moins 28 000 tonnes d’anacarde en stock, les acheteurs 30 000 et les exportateurs 32 000.  Soit un total de  90 000 tonnes entre les mains des acteurs. Dans les ports d’Abidjan, de San Pedro et à Bouaké, ce sont 190 000 tonnes qui attendent.

Quelles sont les conséquences immédiates de cette situation ?

Les entrepôts dans lesquels sont emmagasinés les produits ne répondent pas aux critères. Pour deux ou trois jours, ça peut aller. Mais quand vous stockez des noix de cajou pour un à deux mois, avec la pluie le produit perd de sa qualité et de son poids. Il perd en valeur financière. Si on ne l’écoule pas maintenant, la production de l’année prochaine en prendra un coup, parce que les gens ne jetteront pas les produits qui sont déjà là.

Que faut-il faire ?

Il faut faire sauter le DUS, revenir à 10 francs CFA par kilo de noix de cajou. Pour un producteur qui payait 10 000 francs CFA par tonne, le DUS passe à 89 000, avec une hausse de 890%. C’est inadmissible. Ensuite, il y a aussi une imposition que le directeur général des impôts a instruite, soit 1,7 franc CFA par kilo. Il faut l’annuler également.

Y a-t-il des discussions en cours pour alléger ces taxes ?

Il y a une semaine, les acteurs de la filière se sont retrouvés pour parler du problème. Nous avons adressé un courrier au CCA. Mais, aujourd’hui, le conseil n’a pas de souci. Sa seule volonté est de voir les camions arriver au port afin de faire ses prélèvements aussitôt. Le reste, ce n’est pas son souci, sinon vous n’auriez pas ce genre d’impositions sur l’anacarde. À ceux qui exportent on avait demandé dans le temps de laisser 15% de la production nationale aux transformateurs locaux, dans le but de booster la filière. 78 000 tonnes de noix de cajou ont été engagées dans ce sens, mais aucun grain n’a jamais été transformé. Au Ghana voisin, l’État a pourtant  réussi cette politique. Des sociétés de coopératives se sont associées, avec l’appui du secteur privé ou de l’État, pour installer des unités de transformation de la noix de cajou. Nos productions ne pourront être profitables que si nous passons à la transformation. Et pour cela il faut des partenariats.

Que faut-il faire aujourd’hui pour relever la filière ?

Le problème se situe au niveau de l’État. Comment imaginer que pendant qu’au Ghana voisin on vend le kilo à 900 francs CFA, en Côte d’Ivoire il ne vaut que 500 francs CFA ? C’est parce qu’ici les gens font des prélèvements qui nous causent des problèmes. Pendant que les producteurs et les autres acteurs souffrent, certains s’enrichissent. Il n’y a pas de raison que le DUS connaisse une hausse de 800%. Pour permettre à la filière de se relancer, il faut supprimer ce DUS. Aujourd’hui, c’est une filière qui souffre trop. Nous étions proches des 1 000 francs CFA le kilo et nous ne pouvons pas revenir à 200 francs. La Côte d’Ivoire est pour l’instant le premier exportateur de noix de cajou au monde. Mais cela peut changer. Il faut que les producteurs, avec les décideurs, décident ensemble des prix. Il faut diminuer au maximum les prélèvements. Nos villages se modernisent grâce aux récoltes précédentes et la situation actuelle est de nature à décourager certains producteurs. Plus on va augmenter les taxes, moins les gens achèteront nos produits.

Raphaël TANOH

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