Zones à risques : l’étrange rapport autorités-populations

Les zones à risque à Abidjan ne diminuent pas. Au contraire, elles s’étendent chaque année. Il pourrait y avoir une raison cachée à cela.

On peut le dire, sans être taxé de cynisme. Chaque année, pendant la saison des pluies, la politique de « zéro mort » a de moins en moins du mal à gagner en crédibilité. Les probabilités pour que les Ivoiriens soient frappés par un drame (noyade, éboulement), est la plus élevée. Pourtant, la rigueur en termes de protection civile ne gagne pas en intensité. Les zones à risques répertoriées par l’Office national de la protection civile (Onpc), pointent du doigt presque toutes les communes d’Abidjan. La seule commune d’Attécoubé compte 10 quartiers précaires, avec des constructions anarchiques, des sites recolonisés, des zones d’érosion, des ouvrages d’évacuation. « Pour dégager les populations de ces zones, il faut des moyens, un accompagnement. Parce que ces personnes ont besoin de sites de recasement», explique Salif Coulibaly, chargé des questions de salubrité à la mairie d’Attécoubé.

Artifice ? À quelques exceptions près, toutes les mairies tiennent le même discours. Là où le ministère de l’Assainissement et de la salubrité exige des mairies qu’elles prennent leurs responsabilités, les élus locaux semblent à chaque fois user d’artifices pour éviter l’épineuse question du déguerpissement. Une situation qui arrange bien les résidents des zones dangereuses. Un électorat, selon Gaoussou Drabo, que les mairies évitent de frustrer. Le responsable de la coordination des mesures d’assainissement à Mossikro ajoute toutefois le côté humain de cette politique. Mettre des familles à la rue, pour lui, est pire que tout.

« Ce ne sont pas tous ceux qui habitent les zones à risques qui sont en danger », note-t-il. Ce drôle de rapport que les populations de ces zones entretiennent avec leurs élus locaux s’étend parfois jusqu’aux autorités. Est-ce de l’humanité ou un simple problème de moyen qui crée cette situation ? Difficile d’être situé. Quoi qu’il en soit, il est plus facile d’apporter du soutien à une famille endeuillée que de reloger tout un quartier. Car, ce rapport ambigu crée les conditions des morts et des dégâts matériels enregistrés à chaque saison des pluies. Même si au niveau mondial, l’on n’arrive plus à prévenir les catastrophes, il serait important, pour les pays en voie de développement comme la Côte d’Ivoire, de penser à des solutions dans le temps.

Raphaël Tanoh

 

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