Le mois dernier, le président américain Donald Trump a interdit ou sévèrement restreint l'entrée aux États-Unis aux ressortissants de 20 pays supplémentaires, élargissant ainsi les restrictions d'entrée qu'il avait mises en place en juin, soi-disant pour atténuer les « menaces à la sécurité nationale et à la sécurité publique ». Mais un rapide coup d'œil à la liste des pays visés montre clairement qu'il s'agit là d'un nouveau cas de politique ethnonationaliste déguisée en mesure antiterroriste.
La plupart des pays visés par Trump en 2025 – notamment l'Angola, Antigua-et-Barbuda, la Dominique, Haïti, le Laos, le Malawi, le Sénégal, la Sierra Leone, les Tonga, la Zambie et le Zimbabwe – n'ont pratiquement aucun antécédent en matière d'exportation du terrorisme transnational. Mais une grande partie d'entre eux – 16 sur les 20 annoncés le mois dernier et 26 sur les 39ciblés en 2025 – se trouvent en Afrique. La conclusion évidente, surtout à la lumière du programme et du discours plus larges de Trump, est que les préjugés raciaux influencent la politique américaine, tout comme les préjugés religieux ont guidé les restrictions imposées en 2017 par sa première administration sur les voyages et la réinstallation en provenance de sept pays à majorité musulmane.
Certes, les responsables américains affirment que leurs décisions reflètent « des lacunes manifestes, persistantes et graves en matière de contrôle, de vérification et de partage d'informations », ainsi que des critères tels que les taux de dépassement de la durée de séjour autorisée et même le refus d'accepter les vols d'expulsion vers les États-Unis. Mais ces justifications sont plus improvisées qu'irréfutables. Par exemple, comme le fait remarquer l'American Immigration Council, l'administration Trump utilise les taux de dépassement de la durée de séjour autorisée des non-immigrants pour justifier l'interdiction des visas d'immigrants.
De plus, tout comme les droits de douane imposés par Trump, ces critères sont appliqués de manière sélective, certains pays, tels que l'Égypte et le Koweït, n'étant soumis à aucune nouvelle restriction, malgré des taux élevés de dépassement de la durée de séjour autorisée, un partage d'informations documenté et des lacunes en matière de vérification. Même les pays ayant des liens de longue date avec le djihadisme mondial, tels que le Pakistan et le Qatar, sont épargnés, malgré l'affirmation de Trump selon laquelle il est motivé par des considérations de sécurité nationale. L'Arabie saoudite appartient aux deux groupes, mais elle n'a jamais été prise pour cible par Trump.
Certains de ces pays privilégiés sont presque certainement dangereux. Ce qu'ils ont en commun, ce n'est pas qu'ils sont sûrs, mais qu'ils sont utiles. Des pays comme l'Égypte et l'Irak sont considérés comme stratégiquement indispensables. L'Arabie saoudite n'est pas seulement un partenaire clé des États-Unis en matière de défense ; elle est, comme le Qatar, un investisseur majeur aux États-Unis – et dans la société d'investissement du gendre de Trump, Jared Kushner.
Le Pakistan a signé un accord d'investissement majeur avec World Liberty Financial, une société de cryptomonnaie détenue majoritairement par la famille Trump, dans le cadre de sa campagne agressive pour séduire l'administration américaine. C'est une stratégie qui ne manque jamais de porter ses fruits : aucun pays qui héberge un bien immobilier important de la marque Trump ou qui a conclu un accord commercial très médiatisé avec un membre du cercle restreint de Trump n'est soumis à des restrictions de voyage aux États-Unis.
Un exemple révélateur de cette tendance est le fait que, alors que l'administration Trump a renforcé les restrictions à l'égard de nombreux pays, elle a levé son interdiction préexistante sur les visas de non-immigrant pour le Turkménistan, qui aurait fait « des progrès significatifs dans l'amélioration de ses procédures de gestion des identités et de partage d'informations ». Il est frappant de constater que cette décision a été prise quelques semaines seulement après que ce pays reclus et riche en gaz naturel ait accepté de coopérer avec les États-Unis dans le domaine de l'énergie et des minéraux critiques, et d'envisager d'accorder un traitement préférentiel aux entreprises américaines.
La leçon à en tirer est claire : les pays qui entretiennent des liens personnels étroits avec l'administration Trump ou des relations commerciales lucratives avec sa famille et ses proches bénéficient d'un traitement favorable. La frontière entre la fonction publique américaine et les intérêts privés n'a jamais été aussi floue, l'empire commercial de Trump connaissant une expansion rapide depuis son retour à la présidence.
Le résultat est absurde. Un citoyen du Burkina Faso, un pays qui n'a jamais menacé la sécurité des États-Unis, se voit interdire l'entrée sur le territoire américain, mais pas un ressortissant du Bangladesh, pays en proie à la violence islamiste et à l'extrémisme anti-américain. Cette incohérence sape la crédibilité de la diplomatie américaine et des efforts de lutte contre le terrorisme, car elle envoie un message dangereux aux États qui soutiennent ou tolèrent l'extrémisme : la responsabilité est négociable.
Si Trump voulait réellement protéger les États-Unis du terrorisme, il poursuivrait une stratégie fondée sur des renseignements crédibles et des normes cohérentes. Il reconnaîtrait que le terrorisme international ne se limite pas aux États faibles ou isolés ; au contraire, certains de ses facilitateurs les plus prolifiques sont des puissances régionales. Et il ferait preuve d'une volonté de s'opposer aussi bien aux partenaires qu'aux adversaires des États-Unis.
Malheureusement, malgré tous les discours de Trump sur la sécurité, il s'est révélé beaucoup plus intéressé par son propre enrichissement. Ses dernières restrictions en matière de voyages illustrent parfaitement comment le discours sur la sécurité nationale peut être détourné à des fins de diplomatie coercitive et d'enrichissement personnel.
Dans un certain sens, il s'agit là de l'évolution naturelle de la philosophie « America First ». Ce concept a toujours eu pour but de justifier une approche transactionnelle de l'engagement international. Mais au cours du second mandat de Trump, il a atteint un niveau de cynisme encore plus élevé. Désormais, ceux qui ne parviennent pas à offrir suffisamment à Trump sont punis, tandis que ceux qui se révèlent utiles à ses yeux peuvent agir en toute impunité, au mépris de la sécurité nationale américaine.
By Brahma Chellaney


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