La part du dollar amricain dans les rserves de change mondiales a atteint son apoge en 2001 et na cess de diminuer depuis. Mais si cette tendance devrait se poursuivre, elle progresse trs lentement, ce qui signifie que le billet vert conservera sa domination relative et que les pays du Sud continueront de subir les consquences de la politique amricaine pendant de nombreuses annes encore.
Il n’existe actuellement aucune alternative facile au dollar. Pour qu’une monnaie atteigne le statut de monnaie de réserve, elle doit généralement être librement convertible, avec un taux de change déterminé par le marché. De plus, le pays émetteur doit généralement disposer d’une économie importante, de liens commerciaux internationaux étendus, de marchés financiers profonds et liquides, ainsi que de conditions et de politiques macroéconomiques stables.
Ce pays émetteur de monnaie de réserve devrait également être prêt à supporter des déficits budgétaires et courants persistants, afin de fournir une liquidité suffisante, même si ces déficits jumeaux en constante expansion risquent de saper la confiance dans son économie (ce qu’on appelle le dilemme de Triffin). Sur tous ces points, les États-Unis affichent toujours des performances exceptionnelles.
Mais la dépendance à l’égard d’un système fondé sur le dollar comporte des risques importants pour les pays du Sud. Très exposés aux chocs provenant des États-Unis, ces pays doivent souvent aligner leurs politiques monétaires sur celles des États-Unis afin de maintenir la stabilité monétaire et de gérer leurs dettes libellées en dollars.
De plus, lorsque le dollar s’apprécie, les importations libellées en dollars, comme le pétrole, deviennent plus chères, ce qui fait grimper l’inflation et complique la gestion macroéconomique. Si des sanctions sont imposées au système de paiement international libellé en dollars, la capacité des économies en développement à s’engager dans le commerce et la finance transfrontaliers s’en trouve entravée. Enfin, la domination du dollar américain freine la croissance de marchés de capitaux profonds et liquides pour les monnaies des économies en développement à l’échelle internationale.
La diversification hors du dollar est donc un impératif stratégique pour de nombreux pays. La question est de savoir comment s’y prendre. Étant donné que la prééminence du dollar découle en grande partie de son utilisation dans les transactions internationales, une mesure évidente consisterait à promouvoir l’utilisation des monnaies locales dans le commerce international, par exemple par le biais d’accords commerciaux bilatéraux.
De nombreuses économies en développement et émergentes le font déjà, notamment dans le domaine de l’énergie. L’Inde a commencé à régler ses échanges commerciaux en roupies avec l’Iran, la Russie et les Émirats arabes unis. La Chine et l’Arabie saoudite s’orientent vers des accords similaires. L’Argentine et le Brésil ont entamé des discussions sur la création d’une monnaie commune, ce qui pourrait grandement contribuer à faire progresser l’abandon du dollar, même si cette initiative devrait être élargie pour inclure tous les principaux partenaires commerciaux du Sud.
Les monnaies numériques de banque centrale devraient soutenir ces efforts. La Banque centrale indienne aurait proposé d’ inscrire l’interopérabilité des CBDC à l’ordre du jour du sommet des BRICS de cette année. Si elle est mise en œuvre avec succès, l’interconnexion des monnaies numériques, associée à une augmentation des échanges en monnaie locale, pourrait réduire considérablement le fardeau de la dette extérieure, diminuer les coûts du commerce transfrontalier et rendre les importations plus abordables.
Dans le même temps, les grandes économies émergentes comme le Brésil, la Chine et l’Inde devraient s’efforcer d’accroître la part de leurs monnaies dans les réserves internationales. Elles ont encore un long chemin à parcourir : le renminbi chinois représente actuellement moins de 2 % des réserves mondiales de change, et le real brésilien ainsi que la roupie indienne en représentent encore moins.
Mais quelques mesures clés — en particulier, l’ouverture accrue des comptes de capital et le développement de marchés financiers plus profonds et plus liquides — pourraient grandement contribuer à accélérer les progrès. L’inclusion de ces monnaies dans les indices obligataires mondiaux renforcerait également leur attrait international et leur utilité en tant qu’actifs de réserve.
Une troisième mesure que les pays en développement devraient prendre pour réduire leur exposition au dollar américain consiste à augmenter leurs avoirs en or. Alors que les monnaies de réserve sont exposées aux risques liés aux politiques macroéconomiques, aux pressions inflationnistes et à l’instabilité géopolitique, l’or offre une couverture fiable contre l’inflation externe et la dévaluation monétaire, et ne comporte aucun risque de crédit, ce qui en fait une « valeur refuge » cruciale en période de crise géopolitique. Bien que les monnaies de réserve soient plus liquides et puissent rapporter des intérêts, l’augmentation des avoirs en or est stratégiquement judicieuse.
Ce processus est déjà en cours : depuis 2008, les banques centrales, y compris celles du Sud, sont des acheteurs nets réguliers d’or. La Chine a augmenté ses réserves d’or de 600 tonnes en 2008 à 2 306 tonnes l’année dernière, l’Inde de 358 à 880 tonnes, et le Brésil de 34 à 172 tonnes. Néanmoins, l’année dernière encore, l’or ne représentait qu’une faible part des réserves de ces pays : 7,2 % au Brésil, 8,5 % en Chine et 16 % en Inde.
Les accords bilatéraux de swap de devises constituent une autre bonne option. Ces accords agissent comme un filet de sécurité financier, protégeant contre les arrêts soudains et inattendus ainsi que les flots massifs de sorties de capitaux, et réduisant la nécessité pour un pays d’accumuler d’énormes réserves de change. Mais très peu d’économies en développement en disposent actuellement.
Enfin, les pays du Sud devraient s’efforcer de développer des systèmes de paiement régionaux, qui leur permettraient de contourner les circuits du dollar et le système SWIFT pour leurs transactions transfrontalières. Il s’agit là d’un autre domaine où des efforts sont déjà en cours, comme en témoigne par exemple le CIPS (Système de paiement interbancaire transfrontalier) chinois.
Si le dollar américain ne conservera pas éternellement son statut prééminent, les pays du Sud ne peuvent se permettre d’attendre que sa domination prenne fin. Grâce à une approche stratégique, ils peuvent réduire leur dépendance vis-à-vis du dollar, atténuant ainsi les risques associés et favorisant un paysage financier mondial plus équilibré et plus résilient.
By Janak Raj


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