Selon lide reue, cest une raction autocratique et ethnonationaliste contre le capitalisme mondial et la dmocratie librale qui anime la politique du XXIe sicle. Pourtant, les vnements rcents ont montr que cette rvolte politique est plus nuance. une poque marque par des mutations technologiques et conomiques rapides, les gens se tournent invitablement vers le pass. Mais la nostalgie peut inspirer aussi bien les ethnonationalistes que ceux qui cherchent rsister lautocratie.
Cette perspective peut nous aider à comprendre pourquoi Donald Trump est parvenu deux fois au pouvoir aux États-Unis en promettant de restaurer la grandeur nationale. Alors que beaucoup peinent à saisir le paradoxe d’un président altermondialiste qui ne cesse de conclure des « accords » à travers le monde, l’Europe centrale et orientale pourrait bien détenir la clé pour recadrer la question. Entre 1989 et 1991, cette région a été le théâtre du bouleversement politique le plus marquant de la fin du XXe siècle. Les populations se sont mobilisées autour d’une vision mêlant libéralisme, démocratie et nationalisme pour rejeter l’internationalisme communiste de l’ère soviétique.
Aujourd’hui, la région est l’épicentre d’une nouvelle affirmation du nationalisme contre l’autocratie, mais aussi contre les empiétements étrangers. Les deux signes les plus frappants de ce nouveau réalignement politique sont la défaite écrasante de Viktor Orbán face à Péter Magyar lors des élections hongroises d’avril et la résistance de l’Albanie aux projets de la famille Trump visant à transformer l’île de Sazan en une destination touristique tape-à-l’œil.
S’il n’existe pas d’explication unique à la victoire de Magyar, on ne peut ignorer l’accent qu’il a mis sur l’identité nationale, la corruption et les ingérences étrangères dans la politique hongroise. Trump, le vice-président américain JD Vance, Tucker Carlson et d’autres populistes de droite américains souhaitaient clairement utiliser la Hongrie pour internationaliser le mouvement MAGA, et l’ingérence du président russe Vladimir Poutine dans les affaires hongroises n’était un secret pour personne. À la veille du scrutin, des manifestants hongrois ont repris un slogan associé au soulèvement antisoviétique de 1956 : « Ruszkik haza! » (Les Russes, rentrez chez vous !).
En Albanie, l’opinion publique se mobilise contre le projet d’Ivanka Trump et de Jared Kushner visant à construire un complexe balnéaire de luxe à Sazan, ainsi qu’à aménager des plages sur ce qui est aujourd’hui une réserve naturelle côtière à Pishë Poro-Narta. L’espoir d’Ivanka de satisfaire l’élite mondiale rappelle immédiatement la proposition absurde et immorale de son père visant à transformer Gaza en station balnéaire haut de gamme. Les Albanais en ont pris bonne note et ont lancé une campagne populiste pour préserver à la fois leurs plages vierges et leurs valeurs. Ils considèrent les projets touristiques destinés à la classe des milliardaires comme une malédiction, et non comme une bénédiction. Les nouveaux projets de développement et d’investissement devraient favoriser le bien-être des Albanais, plutôt que de profiter à une mono-industrie exploiteuse.
Ces récentes révoltes contre les empiétements étrangers et corrompus pourraient indiquer un nouveau modèle de mobilisation politique. Ce à quoi nous assistons n’est pas l’expression du même ethnonationalisme agressif que professent de nombreux partisans du mouvement MAGA, mais quelque chose de différent.
Considérons un autre parallèle historique. À Vilnius, la capitale lituanienne, où beaucoup craignent d’être la prochaine cible du Kremlin, une exposition présentera le mois prochain des couronnes funéraires récemment redécouvertes datant du Grand-Duché de Lituanie du XVIe siècle, un État qui s’étendait autrefois de la mer Baltique jusqu’au cœur de l’Ukraine moderne. Trois figures marquantes sont au cœur de cette exposition : Alexandre Jagellon, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie ; sa mère, Élisabeth d’Autriche, qui donna finalement naissance à quatre fils devenus rois ; et Barbara Radziwiłł, la seconde épouse de Sigismond II Auguste, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie. Ces trois couronnes proviennent donc de l’âge d’or d’une dynastie qui unissait une grande partie de l’Europe centrale.
Ces découvertes ont leur propre histoire fascinante. Bien que les dépouilles des membres de la famille royale polono-lituanienne aient été retrouvées par hasard en 1931 dans l’État alors indépendant de Lituanie, elles furent dissimulées au début de la Seconde Guerre mondiale et ne furent redécouvertes qu’en 2024. Aujourd’hui, ces insignes royaux ne sont pas seulement des symboles nationaux, mais aussi des témoins d’un passé commun. À l’époque où elles étaient utilisées, ces couronnes représentaient l’autorité légitime exercée au sein de ce que les historiens modernes appellent des « monarchies composites » : ces réseaux matrimoniaux complexes qui liaient entre elles la Castille, l’Aragon et la Catalogne, ou encore l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Écosse.
Pour Magyar, la couronne de Saint-Étienne, datant du XIe siècle, constitue également un repère central. Après qu’une photo de lui en train de prier devant la vitrine où est exposée la couronne dans la salle du Dôme du Parlement hongrois est devenue virale, il a saisi cette occasion pour insister afin que tous les nouveaux députés prêtent serment sur cet objet sacré.
La couronne de Saint-Étienne est elle aussi un symbole de monarchie composite, ainsi que de la résilience de la Hongrie face aux défaites et aux revers du passé. Elle était portée par le dernier roi de Hongrie de la dynastie des Jagellons, Louis II, lorsqu’il trouva la mort dans un fossé lors de la bataille de Mohács en 1526. Après que ses serviteurs eurent retrouvé la couronne dans la boue du ruisseau Csele, elle fut portée par presque tous les souverains Habsbourg jusqu’à la fin de la monarchie (seul Joseph II, farouchement laïc, rejeta cette tradition). La couronne fut ensuite sortie clandestinement de Hongrie à la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis conservée à Fort Knox, dans le Kentucky, aux côtés des réserves d’or américaines, jusqu’à son retour en 1978.
Dans chaque cas, les petits États européens mettent en avant l’idée selon laquelle l’autorité légitime peut découler d’une histoire commune. Ils ont trouvé un outil puissant pour contrer un projet ethnonationaliste étranger qui est en réalité motivé par des intérêts commerciaux, politiques et militaires. Face à d’authentiques couronnes médiévales qui conservent une signification politique à une époque marquée par le cynisme, les offrandes clinquantes et dorées de Trump n’ont sans doute guère de chances de s’imposer.
By Harold James


JDF TV
L'actualité en vidéo