Depuis linvasion ā grande échelle de lUkraine par la Russie en 2022, lEurope subit de plein fouet les conséquences de sa dépendance énergétique. Entre 2021 et 2025, l'Union européenne a dépensé plus de 2 200 milliards d'euros (2 500 milliards de dollars) en combustibles fossiles importés. Et la fermeture du détroit d'Ormuz en début d'année, ā la suite de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, a contraint l'UE ā débourser 50 milliards deuros pour ses importations dénergie. La volatilité des marchés du pétrole et du gaz a des répercussions sur tous les domaines, des factures des ménages aux coûts industriels en passant par les finances publiques.
La solution est simple : pour protéger les citoyens et les entreprises européens, l’UE doit poursuivre une électrification rapide. L’Union est capable de produire de l’électricité verte sur son territoire et à grande échelle. Les énergies renouvelables, les véhicules électriques (VE), les pompes à chaleur, l’électrification industrielle et le stockage par batterie sont autant de technologies matures, facilement déployables et de plus en plus compétitives en termes de coûts. Elles offrent non seulement une résilience à long terme, mais aussi une issue à la crise énergétique actuelle.
Les gouvernements nationaux de certains États membres, tels que la France et la Suède, ont déjà lancé des plans visant à accélérer ce processus, mais tout plaide en faveur d’une stratégie au niveau de l’UE. Le nouveau Plan d’action pour l’électrification constitue donc une avancée politique majeure. Pour la première fois, il fait de l’électrification une priorité énergétique et propose de doubler la part de l’électricité dans l’économie européenne pour atteindre 46 % en 2040. Un objectif de 46 % est un bon premier pas, mais l’UE a le potentiel d’atteindre 50 %. Et sur la voie de l’indépendance énergétique de l’UE, chaque point de pourcentage compte.
Électrifier au moins 50 % de l’économie européenne d’ici 2040 permettrait de réduire les importations de combustibles fossiles jusqu’à deux tiers, ce qui permettrait à l’Union de n’importer du gaz naturel liquéfié qu’auprès de fournisseurs fiables tels que la la Norvège et le Royaume-Uni. Cela renforcerait la sécurité de l’Europe en la protégeant des ruptures d’approvisionnement et des pressions géopolitiques.
Pour les entreprises européennes, l’électrification est synonyme de modernisation et de productivité, ce qui leur confère un avantage concurrentiel dans une économie mondiale hautement compétitive. Alors que la volatilité des prix des combustibles fossiles fait grimper les coûts d’exploitation et peut même entraîner des arrêts temporaires de production, l’électrification offre davantage de stabilité et de rentabilité. Certes, cela nécessite des investissements initiaux dans de nouveaux procédés et de nouvelles infrastructures, tels que les pompes à chaleur industrielles et les fours électriques. Mais les retours sur investissement en valent la peine. Les pompes à chaleur, par exemple, sont 3 à 4 fois plus efficaces que leurs équivalents fonctionnant aux combustibles fossiles.
La même logique s’applique aux particuliers. L’achat d’un véhicule électrique ou d’une pompe à chaleur peut s’avérer coûteux, surtout dans un contexte de crise du coût de la vie, mais les avantages sont quasi immédiats. Notamment, un automobiliste moyen peut économiser près de 900 € par an en frais de carburant en optant pour un véhicule électrique. Équiper les ménages à faibles et moyens revenus de technologies d’énergie propre peut les protéger de la flambée actuelle des prix et des chocs futurs.
L’UE dispose de tous les atouts nécessaires pour accélérer l’électrification. Le secteur européen des technologies propres se développe à un rythme tel qu’il est désormais en mesure de répondre aux besoins de l’Union. Plus de deux tiers de l’électricité de l’Union est décarbonée, et environ 85 gigawatts de capacité solaire et éolienne ont été ajoutés l’année dernière. Miser sur l’électrification présente l’avantage supplémentaire de renforcer la base industrielle de l’UE, depuis la « Battery Valley » française et les fabricants de pompes à chaleur industrielles en Italie et en République tchèque, jusqu’à l’industrie solaire en plein essor en Pologne et aux leaders de l’éolien offshore au Danemark et en Espagne.
Il ne manque plus que l’engagement politique nécessaire pour réorienter les dépenses des combustibles fossiles importés vers les technologies propres. Le plan d’action de la Commission confirme un changement de paradigme énergétique au sein de l’UE, qui s’éloigne de la diversification des approvisionnements en gaz et en pétrole pour s’orienter vers l’électrification. Mais un plan, aussi complet soit-il, ne peut aboutir que s’il est suivi de mesures législatives concrètes. Les marchés réagissent à la clarté, en particulier dans les secteurs à forte intensité de capital tels que les réseaux électriques et la fabrication de matériel électrotechnique. Et c’est précisément pour cette raison que la prochaine étape pourrait consister à transformer cette promesse politique en un objectif contraignant à l’échelle de l’UE d’au moins 50 % d’ici 2040. Cela fournirait une orientation crédible pour les investissements, la planification des infrastructures et la stratégie industrielle.
À cet égard, le cadre de sécurité énergétique de l’UE de l’UE offre un moyen naturel de conférer une force juridique à cet objectif, en plaçant résolument l’électrification au cœur de la future architecture européenne de sécurité énergétique. Ce faisant, il peut permettre à l’UE d’adopter une vision à long terme, plutôt que de se concentrer sur la gestion de crise à court terme.
Mais un objectif contraignant à lui seul ne suffit pas. L’UE doit l’accompagner de politiques habilitantes capables d’accélérer le déploiement dans l’ensemble de l’économie et de garantir que l’électricité soit abondante et bon marché pour les ménages et les industries. Le Plan d’action pour l’électrification offre une base solide à cet effet. Il s’attaque à plusieurs obstacles, notamment l’accès au réseau, le stockage, les investissements industriels, les coûts initiaux supportés par les ménages et l’écart de prix entre l’électricité et le gaz.
La proposition qui accompagne le plan d’action et vise à rééquilibrer la différence de taxation entre l’électricité et le gaz peut rendre cette première plus abondante et plus abordable pour les ménages et l’industrie. À l’heure où l’électricité est taxée plus que les combustibles fossiles, elle peut inciter à un rééquilibrage des systèmes fiscaux nationaux. Le Danemark a déjà adopté de telles réformes, ce qui a permis de réduire l’inflation et les coûts énergétiques pour les consommateurs.
Tout aussi importante est la capacité à mobiliser des fonds publics pour aider les ménages à faibles et moyens revenus ainsi que les petites et moyennes entreprises à investir dans l’électrification. Les recettes issues du système d’échange de quotas d’émission de l’UE pourraient être affectées à l’équipement des Européens en technologies propres ou à la décarbonisation du tissu industriel de l’Union. L’UE peut s’appuyer sur ces bases en appliquant systématiquement le principe de « l’électrification d’abord » à l’ensemble de ses instruments de financement et des recettes issues du système d’échange de quotas d’émission. De telles politiques permettraient de traduire l’ambition du plan d’action en décisions d’investissement et en gains économiques rapides.
Le débat politique autour de l’électrification commence à évoluer au sein de l’UE, à mesure que de plus en plus de personnes reconnaissent son importance pour la compétitivité, la résilience industrielle et la sécurité économique. Les décideurs européens doivent saisir cette dynamique pour ancrer dans le cadre de sécurité énergétique de l’UE un objectif d’électrification d’au moins 50 % d’ici 2040. Cela est techniquement faisable. Mais surtout, dans une période marquée par l’incertitude géopolitique et la fragmentation économique, un tel objectif est stratégiquement nécessaire pour apporter au continent la stabilité dont il a désespérément besoin.
By Neil Makaroff and Marin Gillot


JDF TV
L'actualité en vidéo