Les Nations Unies ont récemment publié leur rapport intitulé État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2026, qui, de maničre peut-ętre surprenante, a apporté des nouvelles encourageantes. Alors quenviron 645 millions de personnes souffraient de la faim en 2025, ce chiffre représentait prčs de 14 millions de personnes de moins que lannée précédente. Pour la premičre fois en dix ans, le nombre de personnes souffrant de la faim en Afrique a également diminué.
Malgré ces évolutions positives, d’importantes disparités régionales persistent. Le rapport souligne notamment que l’insécurité alimentaire reste plus répandue dans les communautés rurales et touche de manière disproportionnée les femmes. La question clé à laquelle sont confrontés les gouvernements et les organisations de développement est donc de savoir comment améliorer la sécurité alimentaire dans ces communautés et accélérer les progrès vers l’éradication de la faim.
Quatre priorités se dégagent. Premièrement, renforcer la sécurité alimentaire dans les communautés rurales nécessite d’accroître la productivité agricole sur les terres cultivées existantes, selon des méthodes durables et minimisant les impacts environnementaux. Alors que la croissance démographique exerce une pression croissante sur les systèmes agricoles, le simple fait d’étendre les terres cultivées risque d’accélérer la déforestation et la dégradation de l’environnement. Il est donc essentiel d’augmenter la production sur les terres cultivées existantes pour répondre à la demande croissante sans nuire davantage aux écosystèmes naturels.
Des sols plus sains sont essentiels aux efforts visant à accroître la productivité agricole. Toute stratégie visant à renforcer la sécurité alimentaire dans les communautés rurales doit donc partir d’une question simple mais fondamentale : les sols sont-ils suffisamment sains pour permettre une augmentation durable de la production agricole ?
Malheureusement, des études récentes indiquent que la productivité agricole dans les régions touchées par la faim reste fortement limitée par une dégradation généralisée des sols, malgré des décennies d’efforts visant à améliorer la santé des sols. Conscients que la mauvaise qualité des sols menace la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les moyens de subsistance des populations rurales et la durabilité environnementale, les dirigeants africains ont adopté en 2024 le Plan d’action africain décennal pour les engrais et la santé des sols, ainsi que le Cadre de l’Initiative pour les sols en Afrique, à plus long terme.
La bonne nouvelle, c’est qu’une fois que les questions fondamentales relatives à la santé et à la qualité des sols auront trouvé une réponse – grâce aux tests de santé des sols disponibles, ainsi qu’à des indicateurs fondés sur la science et des évaluations –, des mesures correctives pourront être prises. Il existe de nombreux principes et pratiques visant à renforcer la santé des sols, notamment les cultures de couverture, les cultures intercalaires, la rotation des cultures, le pâturage tournant et l’utilisation d’engrais organiques et de biofertilisants, ainsi que la réduction au minimum du travail du sol, l’optimisation de la couverture végétale, l’augmentation de la biodiversité et la préservation des racines vivantes.
Deuxièmement, les efforts visant à améliorer la santé des sols doivent s’accompagner d’investissements dans les communautés agricoles rurales. Les producteurs alimentaires ont besoin d’avoir accès à des variétés de semences améliorées, à des biofertilisants, à l’eau et aux technologies émergentes telles que l’agriculture de précision. Ensemble, ces investissements pourraient stimuler davantage la productivité agricole et renforcer la sécurité alimentaire.
Troisièmement, un régime foncier plus solide est essentiel pour améliorer la sécurité alimentaire dans les communautés rurales. La sécurité foncière est depuis longtemps reconnue comme un pilier fondamental de la production agricole, du développement et de la transformation rurale, incitant les agriculteurs à réaliser des investissements à long terme pour restaurer la santé des sols et adopter d’autres pratiques favorisant la productivité.
Le lien entre le renforcement des droits fonciers et la productivité agricole est bien documenté. Ce lien est particulièrement important pour les femmes, qui contribuent de manière significative à la production agricole mais restent défavorisées en matière de propriété et de sécurité foncière. Bien que les effets d’une plus grande sécurité foncière varient selon les régions et les contextes politiques, garantir les droits de propriété des femmes peut faire progresser l’égalité des sexes, améliorer la productivité agricole, soutenir les moyens de subsistance ruraux et apporter des améliorations durables en matière de sécurité alimentaire.
Enfin, les gouvernements doivent investir dans les infrastructures qui relient les producteurs ruraux aux marchés, notamment l’électricité, le transport frigorifique et les routes. Un meilleur accès aux marchés urbains peut aider les agriculteurs à générer des revenus supplémentaires en leur permettant de vendre une plus grande partie de leur production. L’amélioration des réseaux de transport peut également réduire les coûts, permettant ainsi aux agriculteurs de réinvestir leurs économies dans des technologies de pointe, ce qui réduit les pertes après récolte tout en favorisant la diversification vers un éventail plus large de cultures à plus forte intensité d’intrants.
Grâce à des sols sains, à l’accès aux intrants agricoles et aux technologies émergentes telles que l’agriculture de précision et l’intelligence artificielle, à des droits fonciers solides et à des infrastructures modernisées, les exploitations agricoles du monde entier pourraient accroître durablement leur productivité. Une productivité accrue permettrait, à son tour, de protéger les moyens de subsistance et d’aider les communautés rurales à passer de la faim à l’abondance.
Reste que le temps presse. Si le dernier recul de la faim dans le monde est encourageant, pérenniser et consolider ces progrès nécessitera des investissements considérables dans les communautés rurales où l’insécurité alimentaire est la plus ancrée, en Afrique et au-delà.
Par Esther Ngumbi


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