Pendant six jours, du 10 au 15 août 2026, trente journalistes et étudiants en journalisme ont plongé au cur des méthodes dinvestigation sur la corruption. Organisée ā Yamoussoukro par CIVIS Côte dIvoire, dans le cadre du projet Ŧ Enquęter pour changer ŧ, avec lappui financier de lAgence franįaise de développement (AFD) ā travers Expertise France.
À l’heure du bilan, Christophe Kouamé, président du comité exécutif de CIVIS Côte d’Ivoire, se dit satisfait des résultats obtenus. « Six jours de formation, c’est beaucoup, mais c’est peu », a-t-il reconnu. Mais l’assiduité des participants, leurs résultats aux prétests et post-tests ainsi que leur implication dans les exercices lui permettent d’estimer que les objectifs ont été atteints, voire même dépassés dès les quatrième et cinquième jours.
Durant la formation, les participants ont été confrontés aux réalités du journalisme d’investigation. De la compréhension des mécanismes de corruption à l’analyse des marchés publics, en passant par la cartographie des sources, le fact-checking, l’OSINT, la collecte et l’analyse des données, les journalistes ont été invités à dépasser le simple traitement de l’actualité.
De l’information à la preuve
L’un des principaux enseignements de la formation repose sur une règle simple : une information n’est pas automatiquement une preuve. Elle doit être recherchée, vérifiée, recoupée, documentée et replacée dans son contexte.
Les différentes séances ont ainsi permis aux participants de distinguer les données, les informations, les indices et les preuves. Les formateurs ont également insisté sur la nécessité de privilégier les sources primaires et de rechercher une corroboration indépendante.
La cartographie des sources a occupé une place importante dans cette démarche. Sources institutionnelles, sources humaines et sources documentaires doivent être identifiées, évaluées et confrontées. La crédibilité d’une source ne suffit pas à rendre son information vraie. Le journaliste doit donc conserver le doute comme boussole et la vérification comme méthode.
Cette exigence s’est également appliquée au fact-checking et à l’OSINT. Les participants ont appris à rechercher les sources originales, vérifier les documents, authentifier les images et vidéos, utiliser les recherches avancées et documenter leur parcours de vérification.
Un journaliste, trois responsabilités
Pour Christophe Kouamé, le rôle du journaliste ne se limite pas à transmettre une information. « Le journaliste informe, le journaliste d’investigation révèle et le troisième défend le patrimoine collectif », a-t-il résumé.
Selon lui, le journalisme constitue un relais essentiel entre les institutions et les citoyens. Une information fiable permet aux populations de comprendre les affaires publiques, de participer au débat et d’exercer leur citoyenneté.
Le journaliste d’investigation va toutefois plus loin. Il cherche ce qui n’est pas immédiatement visible, travaille dans la durée, confronte les documents et les témoignages et tente de révéler des faits que certains préféreraient garder dans l’ombre. Dans cette perspective, il joue un rôle de contre-pouvoir.
Cette responsabilité prend une dimension particulière lorsqu’il s’agit de corruption. Les détournements de ressources publiques ne sont pas de simples chiffres dans des documents administratifs. Ils peuvent se traduire par des écoles non construites, des centres de santé insuffisamment équipés, des routes dégradées ou des services publics privés de moyens.
Une formation qui se poursuit au-delà de Yamoussoukro
Pour CIVIS Côte d’Ivoire, la fin de la formation ne signifie pas la fin de l’accompagnement. Christophe Kouamé annonce la mise en place d’un appel à propositions destiné aux participants. Des projets d’enquêtes anticorruption pourront bénéficier d’un financement en fonction de leur pertinence.
Des mentors ont également été mobilisés pour accompagner les trente participants dans leurs projets. Cet accompagnement devrait s’étendre sur une période pouvant aller jusqu’à un an et demi, voire deux ans.
L’ambition dépasse donc les six jours passés à Yamoussoukro. « Nous espérons simplement que ces 30 participants vont venir nourrir l’écosystème des journalistes d’investigation anticorruption », a déclaré Christophe Kouamé.
Vers de nouveaux fronts d’enquête
Une deuxième cohorte pourrait voir le jour, mais dans un format différent. CIVIS Côte d’Ivoire envisage notamment des formations davantage spécialisées sur les marchés publics, les mines et l’exploitation clandestine des ressources.
Au terme de cette semaine intensive, un principe demeure : l’investigation ne se nourrit ni de rumeurs ni de certitudes prématurées. Elle avance avec des questions, des hypothèses, des documents et des preuves.
Comme l’a rappelé Christophe Kouamé, le journaliste d’investigation anticorruption contribue à protéger le patrimoine collectif en mettant la lumière sur les circuits susceptibles de détourner les ressources publiques. Dans cette bataille, la plume ne suffit pas. Il faut de la méthode, du courage, du doute et surtout des preuves.
À Yamoussoukro, les trente participants repartent ainsi avec davantage que des notes de cours. Ils repartent avec des outils, des méthodes, des contacts et désormais une responsabilité qui est de transformer l’apprentissage en enquêtes solides, utiles au public et capables de faire reculer, à leur échelle, les pratiques corruptives.
Siondenin Yacouba Soro


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