Depuis son retour à la Maison Blanche il y a près de deux ans, le président américain Donald Trump a repris là où il s’était arrêté lors de son premier mandat, démantelant le système commercial multilatéral ouvert qui a si bien servi le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il a imposé des droits de douane généralisés à des dizaines de pays, les augmentant et les réduisant à plusieurs reprises, et modifiant les taux applicables à certains produits ou à certains pays, apparemment au gré de ses caprices. En conséquence, les taux des droits de douane américains sont aujourd’hui plus élevés qu’ils ne l’ont jamais été depuis les droits de douane Smoot-Hawley de la Grande Dépression.
Les droits de douane de Trump ont offert une certaine protection aux industries nationales, mais au détriment d’autres qui en dépendent. Son droit de douane de 50 % sur les importations d’acier, par exemple, a contribué à une hausse de 52 % du prix moyen américain des bobines d’acier laminées à chaud au cours de l’année écoulée. Cela a stimulé la production et les bénéfices des sidérurgistes, tout en portant préjudice aux constructeurs automobiles, aux fabricants de matériel agricole et aux fabricants d’appareils électroménagers.
Les objectifs de Trump, du moins tels qu’il les avait initialement présentés, étaient d’augmenter l’emploi (en particulier dans les industries manufacturières), de réduire les déficits courants et commerciaux des États-Unis, et de renforcer la base industrielle américaine. Aucun de ces objectifs n’a été atteint, et l’inflation s’est accélérée. Des chercheurs de la Banque fédérale de réserve de New York ont constaté que, sans les droits de douane de Trump, les prix américains auraient en réalité légèrement baissé en 2026. Au lieu de cela, les prix ont explosé : le prix de l’essence a augmenté de 34 %, celui du fioul de 74 %, et des hausses significatives ont été enregistrées pour les logiciels informatiques (28 %) et les tarifs aériens (22 %).
La flambée des prix a porté un coup dur à la popularité de Trump, tandis que la manière chaotique et imprévisible dont ses droits de douane ont été imposés et modifiés a engendré une immense incertitude à l’échelle mondiale. Une étude de la Brookings Institution a révélé que son régime tarifaire « est plus complexe sur le plan administratif et moins prévisible que le système qui l’a précédé », la durée et la portée des droits de douane restant floues. Un cadre destiné à promouvoir les capacités de production nationales et le pouvoir de négociation risque ainsi « d’engendrer des coûts et une instabilité qui sapent ces objectifs ».
Et malgré la hausse des coûts, le déficit commercial américain sur les marchandises n’a pas diminué, atteignant 114,7 milliards de dollars en août. Bien que le déficit commercial avec la Chine ait reculé de 32 %, le déficit commercial total a augmenté pour atteindre 1 200 milliards de dollars en 2025, les importations en provenance d’autres pays ayant compensé cette baisse.
La création d’emplois n’a pas non plus été très importante. L’emploi dans le secteur manufacturier a reculé de 1,2 % en 2025, après une baisse de 0,7 % en 2024. D’autres secteurs de l’économie américaine, notamment l’agriculture, ont été durement touchés, les pays ayant réagi aux droits de douane de Trump en se tournant vers d’autres fournisseurs.
En plus de nuire à l’économie américaine, les manœuvres tarifaires de Trump ont porté préjudice à la plupart des partenaires commerciaux des États-Unis. Les répercussions se sont étendues bien au-delà de la Chine, touchant des pays auparavant considérés comme de solides alliés et défenseurs du système commercial multilatéral. L’expérience du Canada et du Mexique dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain, que Trump a renégocié au cours de son premier mandat et qu’il est en train de renégocier à nouveau, est révélatrice. Curieusement, Trump a également augmenté les droits de douane imposés à l’Australie et au Royaume-Uni au motif qu’ils n’en feraient pas assez pour lutter contre le travail forcé.
Lorsque Trump a relancé sa guerre contre le système commercial multilatéral, les critiques ont prédit à la quasi-unanimité que ses droits de douane ne contribueraient en rien à réduire les déficits commerciaux et courants des États-Unis, tout en sapant le système lui-même. Ils ont prévu que les volumes d’échanges baisseraient à mesure que les pays riposteraient en augmentant à leur tour leurs droits de douane.
Ils avaient certainement raison au sujet du déficit. Un pays qui dépense plus qu’il ne gagne doit, par définition, afficher un déficit de la balance courante, dont le déficit commercial constitue la composante la plus importante. Les droits de douane n’ont pas remédié à ce déséquilibre, qui est resté relativement constant.
Il y a néanmoins des raisons d’espérer. La plupart des pays ont résisté à la tentation de riposter aux hausses de droits de douane de Trump, limitant ainsi les dommages qui auraient pu être causés, tant à eux-mêmes qu’aux États-Unis. En conséquence, le commerce mondial et la croissance économique ont mieux résisté que prévu. En avril, le Fonds monétaire international prévoyait que la croissance mondiale ralentirait, passant de 3,5 % en 2025 à 3 % cette année. Il a par la suite révisé ses prévisions à 3,1 %, malgré la guerre en Iran et la flambée des prix des carburants. L’Organisation mondiale du commerce, quant à elle, a plus que doublé ses prévisions de croissance pour le commerce mondial en 2026, les faisant passer de 1,9 % à 3,9 %.
Ces évolutions laissent espérer une amélioration des relations commerciales après le départ de Trump de la Maison Blanche, d’autant plus que ses droits de douane sont très impopulaires auprès des électeurs américains. Si les sondages se révèlent exacts et que les républicains essuient une défaite cuisante lors des prochaines élections de mi-mandat, les responsables politiques américains seront réticents à approuver de nouvelles hausses des droits de douane. La résilience du commerce international, combinée à la pression de l’opinion publique, pourrait même conduire à des réductions tarifaires.
Si tel est le cas, cela pourrait marquer le début d’un cercle vertueux dans lequel la baisse des droits de douane contribuerait à réduire l’inflation et l’incertitude économique. Corriger les erreurs de Trump pourrait bien être le coup de pouce dont l’économie américaine et mondiale a besoin.
By Anne O. Krueger


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