Le Conseil national de sécurité (CNS), réuni ce jeudi 17 septembre 2026 sous la présidence du Président de la République, Alassane Ouattara, a décidé de renforcer significativement le dispositif de lutte contre lorpaillage illégal en Côte dIvoire.
Cette décision intervient à la suite de l’atelier national de concertation et d’harmonisation des mécanismes de lutte contre l’orpaillage illégal, tenu les 4 et 5 septembre à Yamoussoukro. À cette occasion, les préfets de région ont pris l’engagement d’œuvrer à l’éradication durable de ce phénomène dans leurs circonscriptions administratives dans un délai de six mois.
Le renseignement territorial au cœur du dispositif
Pour atteindre cet objectif, le CNS entend renforcer la coordination entre les différents acteurs engagés dans la lutte contre l’orpaillage clandestin. L’accent sera notamment mis sur une mobilisation accrue du renseignement territorial, une meilleure coordination des forces compétentes et un suivi rigoureux des opérations menées sur le terrain.
Parmi les principales mesures arrêtées figure le renforcement des capacités opérationnelles des Forces de Défense et de Sécurité locales, afin de leur permettre de répondre plus efficacement à la persistance des activités d’exploitation minière illégale.
Le CNS a également décidé d’augmenter substantiellement le nombre de brigades opérationnelles du Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal.
21 pelotons pour renforcer la surveillance des cours d’eau
La lutte ne se limitera pas aux zones terrestres. Le Conseil national de sécurité a annoncé une intensification de la surveillance fluviale avec la création de 21 Pelotons de Sécurité Fluviale.
Ces unités auront pour mission d’assurer le contrôle permanent des quatre grands fleuves du pays et de leurs affluents. Cette mesure vise notamment à renforcer la surveillance des zones susceptibles d’être utilisées pour les activités d’orpaillage illégal et leurs différentes chaînes logistiques.
Vers un durcissement de la législation
Le gouvernement entend également agir sur le volet judiciaire. Le CNS a annoncé l’adoption prochaine d’une loi destinée à aggraver les peines sanctionnant les infractions liées à l’orpaillage illégal.
Une attention particulière sera portée aux réseaux qui facilitent ces activités. Désormais, toute participation indirecte ainsi que toute complicité logistique ou financière devraient être considérées comme une infraction autonome, selon les orientations arrêtées par le CNS.
Cette approche vise à dépasser la seule interpellation des personnes présentes sur les sites d’exploitation et à s’attaquer également aux mécanismes de financement et de soutien qui permettent à l’orpaillage clandestin de se maintenir.
Restaurer les sites et favoriser la réinsertion
Le dispositif annoncé comporte également un volet environnemental et social.
Le CNS prévoit ainsi la mise en place de mesures de réhabilitation écologique des sites dégradés par l’orpaillage illégal. Cette restauration devrait notamment s’appuyer sur les programmes de Travaux à Haute Intensité de Main-d’Œuvre (THIMO) ainsi que sur l’implication du Génie militaire.
Parallèlement, les orpailleurs illégaux de nationalité ivoirienne devraient bénéficier de mesures de réinsertion économique, notamment à travers des activités génératrices de revenus.
L’objectif affiché est donc double : lutter contre l’exploitation clandestine des ressources minières tout en offrant des alternatives économiques aux personnes qui dépendent de cette activité.
Un moratoire de six mois sur certaines autorisations minières
Autre décision majeure : l’instauration d’un moratoire de six mois sur la délivrance des autorisations d’exploitation minière semi-industrielle et artisanale.
Cette mesure vient compléter les décisions déjà arrêtées lors de la précédente réunion du CNS, le 23 juillet 2026, et s’inscrit dans une volonté de mieux encadrer le secteur minier artisanal et semi-industriel.
Des résultats encourageants dans l’opération « Épervier Spécial »
Le CNS s’est par ailleurs félicité des premiers résultats de l’opération « Épervier Spécial », lancée le 7 septembre pour une durée de 90 jours dans les villes de Bouaké, Daloa et Korhogo.
Mobilisant 1 320 éléments de la Police et de la Gendarmerie nationale, l’opération a permis, du 7 au 16 septembre, de :
détruire et empêcher la recolonisation de 56 fumoirs ;
saisir près de 183 tonnes de médicaments de qualité inférieure et falsifiés (MQIF) et de médicaments détournés ;
saisir plus de 3 500 engins, notamment pour défaut de casque et de plaques d’immatriculation ;
interpeller 196 individus, conduits devant les parquets pour des faits notamment liés à l’incitation à la violence et au trafic de MQIF et de stupéfiants ;
interpeller 180 enfants en conflit avec la loi, remis à la Cellule de Coordination, de Suivi et de Réinsertion pour leur prise en charge.
Au regard de ces résultats, le Président de la République a félicité le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité ainsi que les forces engagées dans l’opération. Il les a exhortés à maintenir la dynamique en vue de son plein succès.
La sécurité routière demeure un point de vigilance
Si le CNS estime que la situation sécuritaire générale demeure stable, il relève néanmoins la nécessité de maintenir une vigilance accrue sur certains phénomènes, notamment les accidents de la circulation.
Le nombre d’accidents est ainsi passé de 1 549 en juillet 2026 à 1 657 en août 2026, soit une progression d’environ 7 %.
Le CNS a également salué la baisse continue de plusieurs formes de criminalité, notamment les attaques de coupeurs de route, les attaques de domiciles et de commerces ainsi que les vols de véhicules et de motos.
Une mobilisation appelée à se poursuivre
À travers ces nouvelles mesures, les autorités ivoiriennes affichent leur volonté de faire de la lutte contre l’orpaillage illégal une action à la fois sécuritaire, judiciaire, environnementale et économique.
Le délai de six mois donné aux préfets de région marque surtout une volonté d’inscrire cette lutte dans une logique de résultats mesurables sur le terrain, avec un dispositif reposant sur le renseignement, la coordination des forces, la surveillance des espaces terrestres et fluviaux, le durcissement des sanctions et la réinsertion.
Avec ce nouveau dispositif, le CNS entend ainsi s’attaquer non seulement aux sites d’orpaillage illégal, mais également aux réseaux, aux financements et aux complicités qui permettent leur fonctionnement.


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