Lettre ouverte au Président Tidjane THIAM, Président du PDCI-RDA
Excellence Monsieur le Président ; Au lendemain des élections législatives du 27 décembre 2025, le PDCI-RDA est confronté à une vérité qu’il ne peut plus contourner. Cette contribution est l’expression responsable d’un militant attaché à l’héritage politique et moral légué par Félix Houphouët-Boigny et consolidé par Henri Konan Bédié. Elle est guidée par une seule exigence : sauver le PDCI-RDA. Une lecture commode s’est imposée dans le débat interne : la régression électorale du PDCI-RDA serait ancienne, continue, presque mécanique, et donc indépendante de la direction actuelle. Cet argument mérite d’être entendu. Mais il ne résiste pas à l’analyse des faits. L’évolution du nombre de députés depuis l’an 2000 montre une contraction irrégulière, ponctuée de phases de stabilité et même de progression, lorsque le parti conservait sa cohésion interne et son ancrage territorial. Or, ce que révèlent les chiffres aujourd’hui, c’est une accélération brutale et inédite du recul sous la direction actuelle. En vingt-cinq ans, la perte cumulée avoisine 68 %. En à peine deux années de votre gouvernance, la perte atteint près de 52 %. Cette chute n’est pas une fatalité historique. Elle constitue une rupture politique, un signal clair qui impose une réflexion lucide et courageuse. Les résultats enregistrés à Yamoussoukro renforcent ce constat. Le PDCI-RDA y a disparu de toutes les circonscriptions y compris rurales, dans ce qui était perçu comme un bastion naturel du parti. Perdre le fief personnel du Président du parti n’est pas un revers ordinaire ; c’est un message politique sans équivoque. Il révèle un fossé entre un ancrage réel à la base et les illusions véhiculées par les cyberacticistes sur les réseaux sociaux. Cette situation ne peut être expliquée uniquement par l’adversité extérieure. Elle s’enracine aussi dans des choix de gouvernance internes. La succession du Président Henri Konan Bédié, moment historiquement sensible, s’est opérée dans la tension et la précipitation, avec la marginalisation progressive de cadres expérimentés. Là où le PDCI-RDA privilégiait la continuité, la concertation et l’équilibre, une rupture durable s’est installée. Peu à peu, la culture du dialogue interne s’est érodée au profit de décisions souvent déconnectées du terrain militant. Sur le plan organisationnel, la prolifération de mouvements de soutien a créé l’illusion d’un engouement populaire massif. En réalité, ces mouvements, largement citadins et portés par des griots politiques et numériques, ont fait ombrage aux structures statutaires du parti, notamment aux délégations départementales et communales. Le résultat a été un désarrimage progressif du PDCI-RDA de sa base militante réelle, celle du pays profond, qui fait et défait les victoires électorales. L’institution des Hauts Représentants du Président (HRD) a accentué ce déséquilibre. En créant un écran entre le Président et les délégués, pourtant représentants naturels du parti à la base, cette innovation a vidé ces derniers de leur rôle politique. Marginalisés, beaucoup se sont réfugiés dans le mutisme et l’immobilisme, affaiblissant encore l’animation politique locale. À cela se sont ajoutées des exclusions, des mises à l’écart, une désignation des candidats déconnectée des réalités locales ayant brouillé l’identité *houphouëtiste* du PDCI-RDA, historiquement attaché au dialogue, à la paix et à la non-violence. C’est dans ce contexte qu’il faut situer le cas du Professeur Maurice Kakou Guikahué. Il ne s’agit pas de défendre un homme, mais de défendre le parti. L’exclusion d’un député sortant dans son fief, la division des voix, puis la perte du siège n’ont pas été la défaite d’un individu, mais celle du PDCI-RDA. Plus préoccupant encore, certains ont semblé applaudir cette défaite personnelle davantage que celle du parti, comme si une sanction de vengeance valait mieux qu’une victoire politique. Ce glissement révèle une fragilisation inquiétante de la conscience militante. L’enjeu n’est pas une personne. L’enjeu est la survie du PDCI-RDA. Il faut restaurer la cohésion interne en engageant un dialogue inclusif urgent pour une réconciliation vraie. Une telle approche *houphouëtiste* serait une chance réelle de renaissance. Excellence Monsieur le Président, nous continuerons de nous adresser à vous, encore et encore, avec constance, dans l’espoir que les tribunes statutaires s’ouvrent afin de mettre un terme à des interpellations qui pourraient, à tort, être qualifiées de contre-disciplinaires. Le PDCI-RDA vaut plus qu’un homme, plus qu’une ambition, plus qu’un moment politique. Il est une part de l’âme de la Côte d’Ivoire.
SERI BI N’GUESSAN, Vice-Président du PDCI-RDA


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